Mercredi, le conseil d’administration d’UBS affrontera une assistance qui lui sera en bonne partie hostile. Son président, Kaspar Villiger, devra convaincre les milliers d’actionnaires réunis à Bâle d’accepter de blanchir les anciens dirigeants pour les années 2007 à 2009. Ceux-ci, avec Marcel Ospel, ont occasionné des pertes de près de 30 milliards de francs depuis l’éclatement de la crise des «subprime», à quoi s’est ajouté le conflit avec le fisc américain. La demande de décharge pour les anciens administrateurs et directeurs d’UBS de 2007 à 2009 provoque une vive opposition depuis qu’elle a été annoncée à la mi-mars.

«En ce qui concerne la décharge pour 2007, le point le plus contesté, nous nous attendons à un fort soutien. Même une majorité de non est envisageable», affirme Vinzenz Mathys, porte-parole de la fondation Ethos qui donne des consignes de vote aux investisseurs institutionnels. L’opposition à l’octroi d’un blanc-seing aux dirigeants d’UBS, parmi lesquels figurent les anciens présidents Marcel Ospel et Peter Kurer et les ex-directeurs Peter Wuffli et Marcel Rohner, va au-delà d’un simple mécontentement populaire.

Le front du refus, incarné au départ par les sociétés de conseil aux investisseurs Ethos, Actares ou Deminor, a obtenu un allié de poids. Fin mars, la très influente société américaine de conseil aux investisseurs RiskMetrics (ISS) a indiqué qu’elle s’opposerait à la décharge pour 2007 et qu’elle votera contre le rapport de rémunération. Glass Lewis, une société similaire, s’opposera à la décharge pour les trois années et refusera le rapport de rémunération.

Avec l’appui de RiskMetrics, capable d’influencer jusqu’à 25% des voix exprimées, on peut s’attendre au minimum à 30% de non à la décharge pour l’année 2007, estime Roby Tschopp, secrétaire d’Actares, qui défend l’actionnariat pour une économie durable.

La partie n’est toutefois pas gagnée pour les opposants à la décharge. Dans une assemblée générale, seules les voix inscrites comptent. En avril 2009, 925 millions de voix ont été représentées lors de l’assemblée d’UBS, soit 48,15% du total des actions dotées d’un droit de vote. Sur ce nombre, près de 397 millions de voix représentaient de plus les intérêts d’UBS (en incluant les actions en dépôt), soit 41% des voix exprimées. Rien d’inhabituel: chez CS, cette part était de 38% en 2009.

Dans ce contexte, «il faudrait que presque tous les autres actionnaires votent contre la décharge», admet Roby Tschopp, secrétaire d’Actares, qui s’oppose aussi à la réélection de Kaspar Villiger. Quel que soit le résultat, le signal sera important.

«30% des voix exprimées contre la décharge ferait tache en Suisse. D’ordinaire, elle est acceptée avec 97 à 99% de voix favorables», souligne-t-il. Chez Ethos, Vinzenz Mathys abonde dans ce sens: «Une minorité forte, de l’ordre de 30 à 40%, constituerait un signal très important pour le conseil d’administration d’UBS». Les caisses de pension en Suisse auront une «influence certaine» lors du vote de mercredi. Ethos, qui compte 84 caisses membres dont 39 disposent d’avoirs totaux de 70 milliards, rappelle que ces institutions restent libres de voter comme elles le souhaitent, même si elles suivent très souvent ses consignes.

Les caisses de pension de La Poste, de la Ville de Zurich et de l’Etat de Vaud (CPEV) ont déjà annoncé qu’elles voteront en fonction des recommandations d’Ethos. La CPEV souligne exercer systématiquement ses droits de vote pour les sociétés suisses. Son directeur financier, Damien Bianchin, déplore toutefois que «les droits de vote détenus indirectement via les parts de fonds de placement ne peuvent pas être exercés. Cette situation n’est pas satisfaisante», juge-t-il.

Swisscanto (60 milliards d’actifs gérés) votera aussi contre la décharge. D’autres institutions sont moins transparentes. Publica, la caisse de la Confédération (34 milliards d’actifs), ne dévoile pas à l’avance ses décisions. La caisse de pension des CFF (13 milliards actifs gérés) garde, elle, son vote secret. Autre inconnue de taille: GIC, le fonds de Singapour, qui détient 6,45% du capital d’UBS, n’a pas dévoilé ses intentions de vote. Le fonds souverain n’a toutefois jamais attaqué Marcel Ospel.

Si l’opposition à la décharge sera forte mercredi, les exemples de refus restent rares en Suisse. Ils concernent surtout des entreprises de taille moyenne comme l’ex-Unaxis (OC Oerlikon) en 2006 ou encore Forbo (2005) et Arbonia-Forster (2004). Chez les grandes sociétés, il faut même remonter à 2004. La décharge, accordée six ans plus tôt aux administrateurs de la SGS, a fini par être invalidée à cause de l’exclusion de certains actionnaires du vote.