COMMUNICATION FINANCIERE

La fronde se constitue contre les prévisions trimestrielles

Des patrons, mais aussi des analystes, dénoncent «la tyrannie du court terme». Elle engendrerait une myopie vis-à-vis des investissements de long terme.

Au pays de l'Oncle Sam, l'annonce par les entreprises cotées des résultats trimestriels, exigée par la loi, est précédée rituellement de la divulgation d'estimations servant à guider les analystes. Cette vieille tradition est pourtant battue en brèche. Nombre de grands groupes internationaux, parmi lesquels on trouve Google ou Coca-Cola, rejoints récemment par les analystes, montent au créneau pour dénoncer la dictature des prévisions à court terme.

Problèmes de gouvernance, manipulations comptables, surcharge en termes de coût pour les entreprises, les arguments se succèdent pour souligner les limites de cette pratique. Obnubilés par l'idée de «coller aux chiffres prévisionnels», les patrons se voient souvent contraints de réallouer leurs ressources en interne ou de retarder certains projets d'investissement. «Les patrons donnant régulièrement des prévisions trimestrielles souffrent d'un comportement de myopie vis-à-vis des investissements de long terme en Recherche et Développement. Donner des prévisions trimestrielles affecte la croissance à long terme», conclut une étude de trois universités américaines de 2005.

La réaction souvent brutale de la Bourse aux révisions des estimations est monnaie courante. La punition fut par exemple sans appel quand EADS a revu ses anticipations à la baisse le 13 juin passé.

Les analystes qu'on croyait plutôt friands d'informations se retrouvent dépassés par ce flux continu de chiffres.

Toutefois, supprimer les estimations à trois mois soulève des interrogations. Certains soutiennent l'intérêt du court terme en faisant appel aux statistiques. La durée moyenne de détention des actions n'est que de neuf mois, et la moyenne de durée de vie des patrons à la tête d'une même entreprise n'est que de cinq ans. Ne pas donner de prévisions, c'est risquer «une plus grande dispersion et surtout de plus grandes erreurs dans les travaux d'estimation des analystes», montre une étude de l'Université de Washington. Pourtant, 76% des analystes interrogés dans une étude de l'institut CFA de juillet 2006 se sont montrés en faveur d'une diminution du nombre de prévisions.

Ajuster les prévisions au cycle de vie de l'entreprise comme le suggère le CFA Institute semble une idée novatrice qui pourrait bien permettre de dépasser le débat entre court-termisme et développement à long terme.

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