«Il y a de la place pour les entreprises étrangères»

Tepco vient d’annoncer qu’il allait repousser le travail de retrait du combustible usé de la piscine du réacteur numéro 1. Etes-vous inquiet de ces retards?

Hajimu Yamana: Je crois que l’on ne peut pas parler de retard dans le chantier du démantèlement. Le plan de route qui a été défini par Tepco ne représente pas un agenda strict qu’il faudrait suivre à la lettre mais plutôt une stratégie indiquant la direction des travaux. On se doit d’y intégrer une dose de flexibilité.

Dans le réacteur numéro 1 de Fukushima-Daiichi, Tepco retire actuellement la couverture mise en place sur le bâtiment après la catastrophe et prend grand soin d’éviter toute nouvelle dispersion de poussière radioactive.

Le groupe va ensuite étudier la construction d’une nouvelle structure permettant de supporter les engins qui serviront à retirer le combustible usé de la piscine de désactivation de cette tranche. Il faut du temps pour inventer un design différent de celui utilisé avec succès dans le réacteur numéro 4.

– Tepco réussit désormais à éliminer 62 des 63 radio­nucléides contenus dans l’eau contaminée du site. Mais que faire du tritium, le dernier élément radioactif de cette eau «nettoyée»?

– Le problème du tritium ne peut pas être résolu pour le moment. Il existe des solutions techniques pour éliminer ce tritium mais elles sont extrêmement coûteuses, très gourmandes en énergie et lourdes à mettre en place. Actuellement, les concentrations de tritium ­mesurées dans l’eau décontaminée de Fukushima-Daiichi sont inférieures aux standards ­légaux japonais et nous pourrions donc relâcher cette eau dans l’océan, comme le font les autres exploitants de centrales dans les autres pays. Il n’y a pas de risque sanitaire.

Mais les associations de pêcheurs de la région refusent pour l’instant les rejets d’eau contenant du tritium. C’est devenu un problème plus social et politique que technique.

– La quasi-totalité des entreprises gérant le démantèlement sont japonaises. N’avez-vous pas besoin de l’expertise de groupes étrangers?

– Le principe qui guide notre travail est simple. Nous voulons la meilleure technologie ­possible pour répondre à chacun des problèmes. C’est la politique de Tepco et la nôtre. Il y a donc de la place pour l’expertise étrangère et plusieurs contrats ont déjà été signés avec des entreprises non japonaises, comme par exemple Kurion. Toutefois, il faut préciser que ce démantèlement nécessite une implication forte des entreprises et une très grande prise de risques. Il peut être moralement et financièrement compliqué pour un groupe étranger de venir assumer ces risques devant la société japonaise. Que feraient-elles en cas d’échec de leur solution? Nous ne sommes pas dans le cadre d’un contrat commercial classique ou fixe. Toshiba, Hitachi ou Tepco peuvent apporter des garanties globales et s’engager sur le long terme.