Le Tout-Francfort n'en revient pas: la fusion entre Deutsche Bank et Dresdner Bank, annoncée il y a un mois, a capoté. Même l'assureur Allianz, qui détient 21,7% de Dresdner et 5% de Deutsche Bank, a été pris par surprise. C'est Dresdner Bank qui a annoncé mercredi rompre «avec effet immédiat» les négociations avec Deutsche Bank. L'établissement a accusé son partenaire «d'avoir rompu par son comportement la base de confiance» sur laquelle reposait le projet de fusion. «Les discussions ont définitivement échoué», a déclaré peu après Rolf Breuer, président du directoire de Deutsche Bank, tout en regrettant la décision de Dresdner.

Ce sont les discussions autour de Kleinwort Benson, la filiale banque d'affaires de Dresdner, qui ont provoqué la rupture. Le jour de l'annonce de la fusion, Rolf Breuer avait déclaré que cette filiale était un «joyau» et avait opposé un démenti formel aux rumeurs de vente qui circulaient déjà. Mercredi, Deutsche Bank a pourtant reconnu avoir demandé à Dresdner de se séparer de cette division. Devant le refus de celle-ci, Deutsche a proposé une vente partielle. Dresdner Bank s'y est également opposée. En fait le management de la banque avait de plus en plus l'impression que Deutsche Bank, après avoir annoncé «une fusion d'égaux», voulait tirer la couverture à elle. L'opération prenait en effet de plus en plus les allures d'une reprise.

Deutsche Bank était certes le partenaire le plus fort. Pourtant, la banque semble avoir mal préparé la fusion. Ainsi, avant l'annonce du mariage, des points importants n'avaient pas été discutés. La semaine passée, lors d'une séance de la direction de Deutsche Bank, Josef Ackermann, responsable du secteur banque d'affaires, a fortement critiqué Rolf Breuer, rapporte l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. L'ancien président de la direction générale du Crédit Suisse aurait alors plaidé pour une «domination plus importante sur le partenaire Dresdner», explique l'hebdomadaire allemand.

Avant les discussions autour de Kleinwort Benson, d'autres décisions avaient déjà fait des vagues. Les deux banques se sont ainsi assez fortement discréditées auprès du public allemand en annonçant vouloir transférer tous les petits clients de Dresdner Bank dans la filiale Deutsche Bank 24. Cette décision a provoqué d'importantes réactions. Le journal populaire Bild-Zeitung a entamé une importante campagne en faveur des petits clients, poussant les responsables de la nouvelle grande banque à renoncer au projet. Les banques concurrentes et les caisses d'épargne ne se sont pas privées de publier des pages entières d'annonces pour attirer les clients mécontents.

Irritation des employés

Chez Dresdner, les employés montraient en fait de plus en plus d'irritations face à un partenaire toujours plus imposant. L'annonce de la rupture a été fêtée au champagne, explique un trader de la banque. Les deux groupes ont en fait des cultures différentes. Après l'annonce de la fusion, les employés de Dresdner ont reçu une notice de 10 pages pour les préparer à répondre aux critiques des clients. «Nous ne sommes pas seulement sympathiques et Deutsche Bank pas seulement arrogante», pouvait-on y lire.

Si Dresdner entrait comme le petit partenaire dans cette fusion, la banque avait pourtant pu sauver certains privilèges pour ses chefs. La nomination pour cinq ans du grand patron de Dresdner Bank, Bernard Walther, à la coprésidence de la nouvelle banque, ainsi que les contrats d'une même durée proposés à quelques-uns de ses collaborateurs, ont étonné les analystes. Rolf Breuer aurait dû, selon les statuts de la banque, se retirer de son poste dans deux ans au plus tard. La double présidence Dresdner/Deutsche aurait dû se poursuivre après son départ: une «construction étonnante», avait critiqué la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

La Bourse n'a en jamais été convaincue par cette fusion: depuis l'annonce de celle-ci le 9 mars dernier, les cours de Deutsche Bank ont perdu 21%, alors que Dresdner a reculé de 18% ces quatre dernières semaines. Mercredi, après l'annonce de la rupture des négociations, les cours sont repartis à la hausse. Deutsche, qui a annoncé avoir augmenté son bénéfice de 50% au premier trimestre par rapport à l'année passée, a progressé de 4,15% et Dresdner de 4,26%.

L'assureur Allianz, dont les cours avaient fortement augmenté après l'annonce de la fusion bancaire, a pour sa part reculé de 14,7%. Tous les projets de collaboration prévus avec l'assureur sont devenus caducs, a annoncé Deutsche Bank. L'assureur de Munich aurait dû reprendre 49% de Deutsche Bank 24, la division banque de détail de Deutsche Bank, dans laquelle devaient être intégrées les activités de Dresdner Bank dans ce secteur.

Allianz devait également reprendre à Deutsche le gérant de fonds DWS.