Optique

«La fusion entre les groupes Essilor et Luxottica devrait pénaliser le consommateur»

Daniel Mori, président de Visilab, s’inquiète surtout de la pénurie d’opticiens et d’optométristes

Le président de Visilab, Daniel Mori, fait part de sa réaction à la fusion entre Essilor et Luxottica, annoncée lundi.

Le Temps: Quelle est votre réaction par rapport à ce mariage?

Daniel Mori: Les annonces de mégafusion ne sont jamais de bonnes nouvelles. Cela donne plus de pouvoir à des groupes d’envergure mondiale. Ils se sentiront encore plus forts pour imposer leurs conditions. Cette opération devrait entraîner une diminution de l’offre sur le marché avec des conséquences en matière d’approvisionnement. Au final, cet affaiblissement de concurrence risque d’avoir des répercussions sur le consommateur final.

– Peut-on parler de cartel?

– Non, car il y a tout de même d’autres fournisseurs.

– A quel point êtes-vous dépendant de ces deux entités?

– En ce qui concerne les verres, nous travaillons avec plusieurs fournisseurs, dont Zeiss, Hoya ou Optiswiss. Nous nous approvisionnons aussi, mais dans une moindre mesure, chez Essilor. En revanche, notre dépendance vis-à-vis de Luxottica est plus significative. Leurs montures optiques représentent environ 20% de nos ventes et dans le solaire, ce chiffre s’élève à 40%.

– Quelles sont les principales difficultés actuellement pour une société comme la vôtre?

– Il y a un grave problème en matière de formation. Il y a deux catégories d’opticiens, ceux possédant un CFC permettant de réaliser du conseil à la vente. On trouve aussi des opticiens diplômés qui ont l’autorisation de procéder à des examens de la vue. Dans la première catégorie, nous n’arrivons pas à repourvoir toutes nos places d’apprentissage. Il y a un désintérêt des jeunes pour cette formation considérée comme trop contraignante. Il faut par exemple accepter de travailler certains samedis. La situation est encore plus alarmante en ce qui concerne les opticiens diplômés.

– Pour quelle raison?

– Sur la demande de L’ASO (Association Suisse des opticiens), la formation est passée de deux à trois ans et donne droit au diplôme d’optométriste. Depuis lors, la Suisse ne reconnaît plus les formations similaires suivies à l’étranger, notamment en France ou en Allemagne, deux pays où nous devions recruter faute de trouver des spécialistes en Suisse. Le fait de ne plus reconnaître les formations européennes similaires, traduit une forme de protectionnisme. Ce qui est le plus étonnant c’est que les autorités fédérales aient validé cette décision. La situation est très inquiétante. Nous n’arrivons plus à faire face aux besoins du marché. Actuellement, les opticiens/optométristes nouvellement diplômés n’assurent que 10% de la demande.

– Le marché semble bien se porter avec l’ouverture continuelle de nouvelles boutiques. Qu’en pensez-vous?

– Tant mieux s’il y a de la concurrence. Chaque entreprise doit trouver la façon de se positionner dans un marché qui évolue favorablement face au vieillissement de la population et aux explosions des cas de myopie. En 2016, nous avons ouvert trois nouveaux magasins et avons d’ailleurs réalisé une légère progression des ventes. Le groupe compte au total 96 magasins sous les enseignes Visilab et Kochoptik et emploie environ 900 collaborateurs. Cette année, nous prévoyons d’ouvrir encore trois nouvelles enseignes.

– De manière générale, le commerce de détail souffre face à Internet. Qu’en est-il pour Visilab?

– Nous sommes déjà présents sur les deux canaux (magasins et vente en ligne). Les consommateurs achètent sur Internet, essentiellement pour se réapprovisionner en lentilles de contact ou pour acheter des lunettes de soleil. Dès cette année, nous allons aussi proposer des lunettes optiques mais les ventes de verres corrigées via Internet sont encore marginales.

– Pourquoi les prix restent-ils plus élevés en Suisse que dans les pays voisins?

– Le marché a beaucoup évolué et les prix sont comparables sur un même produit. La différence se chiffre à maximum 5%. Par contre, si le prix de vente moyen est plus élevé en Suisse, c’est parce que le consommateur est plus exigeant. Il privilégie la qualité et le haut de gamme.

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