Le processus de concentration est moins avancé dans l'assurance vie que dans d'autres branches. Dans l'automobile, les dix plus grands constructeurs du monde détiennent plus de 90% du gâteau, dans l'industrie pharmaceutique 46%, dans la banque 38%. On ne dépasse pas 28,2% dans l'assurance vie, parce que le paysage réglementaire diffère d'un pays à l'autre, selon une étude Sigma de Swiss Re. Mais les plus grands assureurs vie gagnent du terrain. Leur part de marché n'atteignait que 19,8% des primes en 1998.

Les groupes d'envergure mondiale, profitant de la déréglementation du secteur, de la démutualisation et de l'accroissement de la mondialisation, jouent un rôle majeur dans cette concentration du pouvoir.

La dynamique a été freinée ces dernières années par la baisse des Bourses et les pertes financières qui ont pénalisé les bilans des assureurs. Le pic des fusions a été atteint en 1999, lorsqu'elles représentaient 5% des primes totales. Le montant des acquisitions s'est alors porté à 81 milliards de dollars. Il a chuté de 66% par la suite et ne représente plus que 1,4% des primes mondiales en 2004.

Mais le processus va s'accélérer, selon Swiss Re. Non seulement les marchés boursiers ont rebondi, mais de nouveaux moteurs de la concentration se sont mis en route: une meilleure capitalisation des assureurs vie, une plus grande complexité des produits, et de nouvelles exigences réglementaires et comptables, surtout en Europe. L'initiative la plus célèbre est celle qui prévoit l'introduction d'un référentiel de solvabilité basé sur le risque (dit solvabilité II). Il s'agit ici d'intégrer le risque d'investissement dans le calcul des exigences de solvabilité. Etant donné la nature à long terme des polices, le capital requis pour garantir la solvabilité pourrait être élevé, selon Swiss Re.

Deux stratégies s'offriront aux assureurs vie, soit la réduction de l'exposition aux marchés d'actions, soit la fermeture de certaines branches et la vente des portefeuilles. Par ailleurs, l'introduction des normes comptables internationales IFRS et l'adoption des principes dits «EEV» devraient augmenter la transparence de sociétés perçues jusqu'ici comme opaques. Cette nouvelle donne devrait accroître l'intérêt des acquéreurs.

Le développement d'un marché pour les portefeuilles d'affaires négociables va soutenir cette dynamique. En effet, les acquisitions par transfert de portefeuille d'assurances, parfois en run-off, c'est-à-dire fermé, ont aussi un solide potentiel. La transaction permet de monétiser la valeur intrinsèque qui, sinon, ne se matérialiserait qu'au cours de la durée de vie restante des polices. Ces opérations permettent aussi aux sociétés de se concentrer sur leurs activités stratégiques.

L'importance de la taille

La recherche d'économies d'échelle est aussi une source d'acquisitions. Selon une étude du Groupe des dix, en Europe, les frais de gestion représentent 4,4% des primes dans les grands groupes et 8,6% dans les petites sociétés. Une autre étude, qui analyse la valeur boursière, suggère que l'investisseur accorde une prime à la taille des assureurs.

Swiss Re est bien conscient que les fusions sont parfois difficiles. Les cultures diffèrent entre les sociétés. Et les objectifs de synergies sont plus aisés à atteindre en théorie qu'en pratique. Les effets secondaires des fusions sont également à mentionner: une étude signale une hausse des salaires des dirigeants à la suite d'une fusion. Un autre travail souligne ce que les professionnels nomment «l'hypothèse d'hubris», à savoir que certains dirigeants tendent à surestimer leurs capacités. Mais Swiss Re est d'avis que l'effet des fusions et acquisitions est bénéfique.

Ce sont les compagnies internationales qui mèneront le bal des acquisitions. Dans son analyse, Swiss Re se penche donc sur 12 des 40 plus grandes multinationales de l'assurance vie, celles qui sortent de leur territoire national et détiennent au moins 1% du marché mondial. Des 3 assureurs suisses membres du Top 40, seule la Zurich appartient à ce groupe des 12. Ces géants de l'assurance vie ont acquis 130 compagnies pour 104 milliards de dollars depuis 1998. Ce chiffre explique les deux tiers des gains de parts de marché du Top 40 mondial. Le britannique Aviva et l'américain AIG arrivent nettement en tête de ce hit-parade.

Les Etats-Unis devraient être une cible alléchante pour les sociétés européennes, selon Swiss Re. Le marché est très segmenté et il dispose d'un segment d'affaires de rentes susceptible de générer des bénéfices élevés et stables. Quatre européens y ont déjà pris pied. Il s'agit de ING, Allianz, Axa et Aegon. La tendance devrait se renforcer. Même si l'on ne remonte pas au sommet de 1999.