Le mois écoulé a vu émerger un géant mondial dans le domaine de la convergence fixe/mobile, à la faveur d'une fusion majeure dans les équipements réseaux et de téléphonie. Siemens, le géant allemand de l'électronique, et Nokia, l'opérateur finlandais de téléphonie mobile, ont annoncé un joint venture valorisé à 31,6 milliards de dollars dans lequel seront regroupées la branche «Networks Business» de Nokia et l'activité «Opérateurs réseau» (Carrier Networks). Le rapprochement vise principalement à concurrencer les Alcatel Lucent, rapprochés en avril dernier, et autres Cicso Systems. Le chiffre d'affaires cumulé de la nouvelle entité, Nokia Siemens Networks (NSN), s'élève à fin 2005 à 15,8 milliards d'euros, pour un effectif de 60000 collaborateurs. NSN occupera le 3e rang sur le marché global des infrastructures de télécommunications.

«Ce mouvement de consolidation permettra à l'entité créée de renforcer sa position dans des segments de croissance vitaux de l'infrastructure de réseaux mobiles», selon Mergermarket, fournisseur indépendant d'informations sur les fusions et acquisitions. Les synergies de coûts attendues sont estimées à 1,5 milliard d'euros par an jusqu'en 2010, selon Mergermarket.

Le marché des services financiers européens a aussi vécu une consolidation majeure, avec le rachat, par l'assureur français Axa, de Winterthur, filiale d'assurances de Credit Suisse, pour 7,9 milliards d'euros. Un montant qui représente 11,6 fois le bénéfice net de Winterthur à fin décembre 2005. Axa financera l'acquisition par une combinaison d'actions et de dette. La vente permet au Credit Suisse de se recentrer sur son modèle intégré de banque globale, tandis qu'Axa renforce sa position en Europe et gagne 13 millions de clients dans 17 pays, selon Mergermarket. En outre, Axa récupère des avoirs de clientèle de 10 milliards d'euros dans sa division de gestion d'actifs. Les synergies de coûts attendues pour Axa s'élèvent à environ 282,9 millions d'euros avant impôts, réalisés d'ici fin 2008.

Le plus important mouvement de consolidation du mois, bien que moins médiatisé, s'est opéré dans le secteur pétrolier américain, en particulier dans l'Etat du Delaware. Anadarko Petroleum, le premier foreur et producteur indépendant de pétrole et de gaz naturel, a annoncé les acquisitions simultanées de Kerr-McGee et de Western Gas Resources pour un montant total de 21 milliards de dollars.

Anadarko Petroleum va débourser 16,4 milliards de dollars, soit 70,5 dollars par action pour acquérir Kerr-McGee, soit une prime de 40% sur le cours de clôture de jeudi soir. Le rachat de Western Gas Resources va coûter 4,74 milliards de dollars, soit 61 dollars par action. Ces opérations vont permettre à Anadarko Petroleum de doubler ses ventes et de renforcer ses positions dans deux régions riches en gaz: le golfe du Mexique et les Rocheuses. D'après Mergermarket, Anadarko sera financée par UBS Securities LLC, UBS Loan Finance LLC, Credit Suisse Securities (USA) LLC et Citigroup Global Markets.

Dans cette valse des fusions et acquisitions qui se poursuit à un rythme effréné, les fonds de private equity ne sont pas en reste. Une grosse opération a été annoncée dans le capital investissement en France, où la firme Cinven et la société de télécoms luxembourgeoise qu'elle détient en portefeuille, Altice One Group, sont convenues de racheter l'opérateur de câble hexagonal UPC France, filiale de l'américain Liberty Global, pour 1,25 milliard d'euros. Cette transaction, d'après Mergermarket, correspond à la stratégie de Liberty Global de se défaire d'opérations qui ne sont plus stratégiques et de rebalancer ses activités européennes, au grand bonheur des fonds de capital investissement. En avril 2006, Liberty Global avait déjà cédé sa filiale suédoise, UPC Sverige, à deux gros fonds de private equity américains, Carlyle et Providence Equity Partners, et en décembre 2005, le câblo-opérateur américain s'était défait de ses opérations norvégiennes en faveur de Candover Investments, un fonds britannique de private equity.

Enfin, l'investissement privé s'est illustré aux Etats-Unis dans le secteur immobilier: Brookfield Properties, promoteur d'immobilier de bureau, s'est associé au géant du private equity Blackstone Group, pour racheter, pour 8,9 milliards de dollars, Trizec Properties et Trizec Canada, deux sociétés qui comptent parmi les plus importants propriétaires et exploitants d'immeubles commerciaux en Amérique du Nord.

Cette très importante fusion aura pour effet de presque doubler le portefeuille d'immeubles de bureaux de Brookfield dans les grandes villes américaines - dont New York, Washington, Los Angeles et Houston - où la société possède déjà plusieurs édifices de premier plan, notamment le World Financial Center à Manhattan.