Fintech

Le futur du paiement est-il de devenir invisible?

Le modèle dominant aujourd’hui consiste à simplifier le processus d’achat, en effectuant la transaction au moment de la commande à travers une application

Voyager avec Uber, c’est vivre une expérience quasi-magique, car le paiement ne nécessite aucune action de la part de l’utilisateur. Il est tacite, basé sur la distance parcourue et accepté dès le moment où l’on commande une voiture. Le plus grand opérateur de taxis du monde ne possédant aucun véhicule, sa force est donc bien d’avoir construit une technologie de paiement hors pair camouflée dans une application mobile, même si c’est précisément cet aspect qui est rendu invisible. La facilité d’utilisation du système, pour les clients tout comme pour les chauffeurs, est le principal facteur de succès de l’entreprise.

Aujourd’hui, la plupart des solutions de paiement existantes sont conçues du point de vue de l’institut financier ou des commerçants: le paiement est un des étapes du processus de vente. Mais quelle serait l’expérience idéale du point de vue des utilisateurs? Le futur du paiement n’est-il pas justement de disparaître? Voici un des thèmes de la conférence Money 20/20 qui s’est récemment tenue à Copenhague et regroupait plus de 3000 professionnels de la finance.

Plutôt que de faire passer le paiement complètement à l’arrière-plan, il semble que le modèle dominant consiste à simplifier le processus d’achat, en effectuant la transaction au moment de la commande à travers une app. «Check in is the new checkout», c’est ainsi qu’on peut décrire cette tendance en train de se généraliser. Aux Etats-Unis, plus de 20% des consommations de Starbucks sont déjà commandées et réglées en avance au moyen de l’application fournie par l’entreprise, qui intègre aussi des offres spéciales et un programme de fidélité. Avec à la clé pour Starbucks une relation-client renforcée et une diminution importante des frais de transaction par carte de crédit.

Autre exemple en matière de restauration: le service de réservation OpenTable a développé une nouvelle expérience pour ses utilisateurs, où l’addition est vérifiable et payable en un click sur la même application ayant servi à réserver la table. Dans le domaine automobile, un des projets-phares du moment pour Ford est l’intégration d’un moyen de paiement à ses véhicules, permettant de débiter automatiquement le montant dû lors d’un plein à la station-service, ou d’une commande dans un restaurant «drive-through».

En Suisse aussi, un système mêlant commande et paiement simultané de la marchandise est testé en ce moment par plusieurs entreprises dont Migros avec le «SBB Speedy Shop» en gare de Zürich, qui permet de faire ses courses à distance et de les prépayer. La marchandise est ensuite livrée dans un casier postal de la gare dans un délai de 30 minutes. Les cafés Spettacolo ont également lancé une app inspirée du modèle Starbucks, permettant de précommander son café à l’emporter à une heure donnée et de le payer directement.

Du moment que le service ou la marchandise est commandé en ligne, le paiement se fera donc de plus en plus lors de la validation de la commande et non lors du retrait du produit.

Alors que cette révolution se passe en toute discrétion, une bataille beaucoup plus visible est annoncée pour la fin de l’année sur le front des paiements en magasin. Les géants étrangers préparent en effet leur entrée sur le marché suisse et pourraient bousculer les solutions récemment mises en place par les acteurs locaux. Apple, Google, Samsung et Alibaba disposent en effet tous de solutions de paiement mobiles innovantes et d’une puissance financière qui leur permettra de se faire une place.

Mais le budget marketing ne suffira pas et un des facteurs de succès sera la valeur créée par le système pour les clients. Ici non plus, il semble que le paiement complètement invisible qui permettrait de partir d’un magasin comme un voleur ne soit pas souhaité par les consommateurs, qui préfèrent une petite friction marquant l’acte d’achat. L’offre la plus originale à mes yeux est celle actuellement testée par Google en Californie. Avec sa nouvelle app – «Hands Free» – plus même besoin de sortir son téléphone, il suffira de prononcer les mots «je paie avec Google» pour régler ses achats.

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