Alimentation

Le futur patron de Nestlé vient du médical

La nomination de Ulf Mark Schneider pour succéder à Paul Bulcke est une surprise à double titre. Elle marque un tournant dans l'histoire du groupe

Tout le monde a été doublement pris de court. Dans un communiqué envoyé lundi après la fermeture de la bourse, Nestlé a annoncé le nom de son nouveau directeur général. Il s’agit d’Ulf Mark Schneider, actuel patron de la société allemande Fresenius. Paul Bulcke, actuel numéro un du géant mondial de l’alimentation, prendra la place de Peter Brabeck-Letmathe à la présidence du conseil d’administration. Ce dernier, «ayant servi Nestlé pendant 50 ans […], aura atteint l’âge limite de départ à la retraite», souligne le communiqué de presse.

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Nestlé a d’abord surpris car cette annonce était certes attendue, mais pas si vite. Si la nomination d’un nouveau numéro un était prévue en 2016, la plupart des observateurs pensaient que la nouvelle tomberait dans la deuxième partie de l’année. «Historiquement, Nestlé a plutôt annoncé le nom de son nouveau directeur général à l’automne, lors de la présentation des résultats après neuf mois», explique l’analyste de la banque Vontobel Jean-Philippe Bertschy.

Du côté de Vevey pourtant, rien d’étonnant: «C’est très simple, notre président a estimé que c’était le bon moment et que cela s’inscrivait bien dans le cadre des festivités de nos 150 ans», résume une porte-parole.

Une première depuis 1922

Mais Nestlé a surtout surpris car le nom d’Ulf Mark Schneider n’avait encore jamais été articulé. Et que cet Allemand de 50 ans, diplômé de l’Université de St-Gall et de Harvard, ne faisait pas partie de l’entreprise. Jusqu’ici, les yeux étaient plutôt tournés vers Wan Ling Martello – actuelle directrice du marché asiatique – ou Laurent Freixe – numéro un du marché Amériques. Ce d’autant que, depuis 1922, Nestlé a toujours recruté ses numéros un à l’interne.

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Qu’importe la tradition, le conseil d’administration du géant alimentaire vaudois a choisi à l’unanimité de confier ses clés au patron d’un spécialiste des techniques médicales et des services pharmaceutiques; Fresenius est notamment reconnue pour son expertise dans le traitement de l’insuffisance rénale chronique par dialyse.

Le groupe, basé à Bad Homburg, au nord de Francfort, a réalisé 28 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier. Ses 220’000 employés doivent beaucoup à Ulf Mark Schneider, si l’on en croit le communiqué qu’a publié Fresenius lundi soir. En treize ans, il a multiplié ses ventes par quatre et ses profits nets par douze.

Un «moment-clé» dans l’histoire de Nestlé

Au-delà des surprises, ce choix marque un moment-clé dans l’histoire du fabricant des Kitkat, selon l’analyste de Vontobel. «Ulf Mark Schneider ne vient pas de Danone ou de Coca-Cola, mais d’un groupe actif dans le domaine de la santé. Cette fois, c’est vraiment le grand virage de Nestlé vers le bien-être et la nutrition», relève Jean-Philippe Bertschy. Avec cette nomination, «le conseil a renforcé les capacités de l’entreprise à accélérer l’ambition de Nestlé de devenir un acteur mondial de premier plan en nutrition, santé et bien-être», a commenté Peter Brabeck, cité dans le communiqué.

Aux yeux de Jean-Philippe Bertschy, le nouveau patron devra faire des choix tranchants. «S’il n’accélère pas les désinvestissements dans les chocolats et les produits surgelés, il y aura un gros problème de compréhension de la part de la communauté financière», estime-t-il. Et de s’interroger sur la vision d’avenir du futur patron. «Préférera-t-il un groupe qui réalise 110 milliards de francs de ventes avec quelques produits qui ne sont pas bons pour la santé? Ou plutôt un groupe qui réalise 80 milliards de francs de vente, mais avec un accent sur les produits nutritionnels?» Réponse dès le 1er janvier 2017.


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