Le futur service «News» d’Apple attise les tensions

Technologie La marque à la pomme lancera cet automne son propre service d’information

Des médias craignent de se faire phagocyter par Apple, qui aura la mainmise sur les contenus

La star de la conférence d’Apple, le 8 juin dernier, a été la présentation de son service Music, qui sera lancé le 30 juin prochain. Mais en parallèle, le directeur Tim Cook a dévoilé à San Francisco le service «News», destiné à promouvoir des milliers d’articles via une seule application. «News» sera lancé cet automne, en même temps que la version 9 du système iOS pour iPhone et iPad. Ce lancement n’a beau intervenir que dans plusieurs semaines, Apple a déjà sélectionné des dizaines d’éditeurs partenaires. Aujourd’hui, certains craignent que le groupe technologique n’ait trop de pouvoirs sur les contenus rédactionnels.

Apple insiste beaucoup sur le côté graphique de la nouvelle application. «Du beau contenu, tiré des meilleures sources mondiales, personnalisé pour vous», résumait Susan Prescott, vice-présidente du marketing produit chez Apple, lors de la présentation de «News». Aux éditeurs d’envoyer au groupe, via des flux RSS, des articles, des cartes ou des animations web: Apple se chargera, via une interface léchée, de les présenter de manière attractive aux lecteurs. L’idée est d’offrir au lecteur une meilleure expérience que sur des applications dédiées des médias. Mais aussi de créer une porte d’entrée unique, via une seule application, vers des centaines de titres.

Apple a déjà réuni de nombreux créateurs de contenu journalistique: le New York Times, qui livrera au début une trentaine d’articles par jour, The Economist, le Daily Mail, CNN, la chaîne américaine de sport ESPN, The Guardian, les magazines Vanity Fair et Vogue, ou encore des acteurs actuellement purement web comme le site BuzzFeed. D’autres pourront suivre, libre à eux de s’inscrire au programme d’Apple.

«Libre», vraiment? La semaine passée, un débat a déjà eu lieu sur la forme. Plusieurs blogueurs, relatait la BBC, se sont insurgés contre un e-mail reçu de la part d’Apple. Le courriel leur annonçait que la société considérait que sans nouvelle de leur part, ils acceptaient les conditions générales de «News». Parmi celles-ci, l’une stipule par exemple que si un éditeur se fait attaquer, aux côtés d’Apple, par un tiers pour des contenus publiés, Apple pourra se retourner contre l’éditeur pour lui demander des dédommagements. «Je suis très étonné par cette façon de faire, Apple agit de manière semble-t-il cavalière avec de telles conditions, et je ne suis pas certain de leur validité au niveau légal, réagit Daniel Hammer, secrétaire général de Médias Suisses. A mon avis, il faut qu’il y ait une acceptation explicite des règles, et non pas tacite.»

Il y a la forme. Et il y a le fond. Certains éditeurs sont très enthousiastes, à l’image de Mark Thompson, directeur du New York Times: «Ce qui est excitant à propos d’Apple News, c’est la chance de pouvoir atteindre une très, très large audience de millions de consommateurs. C’est aussi la chance de montrer notre travail journalistique à des gens qui n’y sont pas familiers», a-t-il dit au site d’information Mashable. Apple et ses 700 millions d’iPhone et 250 millions d’iPad vendus est trop gros pour être ignoré et sa puissance marketing doit être utilisée, estiment de nombreux éditeurs, dont Wired: «Nous sommes très excités de rendre disponible notre journalisme, honoré par plusieurs prix, sur cette plateforme et d’atteindre des millions de lecteurs», a dit Mark McClusky, responsable opérationnel, au site Mashable.

Daniel Hammer est plus circonspect: «Bien sûr, la puissance d’Apple est intéressante à utiliser. Mais je conseillerais aux éditeurs de se montrer, disons, pusillanimes, en utilisant News avec parcimonie, en mesurant avec soin les coûts et les bénéfices.» Car des coûts, le responsable de Médias Suisses en identifie plusieurs: «Il existe le risque de perdre le contrôle sur la diffusion des contenus. Le risque de ne plus avoir un contact direct avec le lecteur. Le risque aussi de se voir privé, selon les modèles, de certains revenus publicitaires. Il faut donc être prudent, être très rationnel et tester en permanence plusieurs canaux de diffusion, par exemple aussi avec Facebook.»

Le réseau social va bientôt commencer à héberger des articles de journaux américains sur sa plateforme. Selon la société d’analyse Parse.ly, citée par le Wall Street Journal, Facebook contribue jusqu’à 70% du trafic de certains sites web.

Au niveau publicitaire, Apple s’est pour l’heure engagé à laisser aux éditeurs 100% des revenus liés aux publicités qu’ils ont acquis eux-mêmes. Mais la firme de Tim Cook prélèvera 30% des revenus pour les annonces acquis via sa propre régie iAd.

Au niveau éditorial, cette fois, Apple a annoncé qu’il engagera plusieurs journalistes pour sélectionner des articles. Mais la plupart d’entre eux sera compilée de manière automatique, selon des modalités que la firme de Tim Cook n’a pas dévoilées.

«Je conseillerais aux éditeurs d’utiliser News avec parcimonie, en mesurant avec soin les coûts et les bénéfices»