La chronique des changes

La future réunion de la Fed bouscule les devises

Les monnaies dites «matières premières» se sont dépréciées à partir de mi-avril en dépit d’une hausse continue des prix du pétrole

A partir de la mi-avril, les monnaies dites de ressources naturelles se sont fortement dépréciées en dépit d’une hausse continue des cours de l’or noir. Pourtant, l’année avait bien commencé pour ces dernières avec des performances à deux chiffres pour la plupart d’entre elles. La hausse continue des cours du pétrole – le baril de Brent est passé de 27 dollars en janvier à plus de 50 dollars la semaine passée, le niveau le plus haut depuis début novembre l’année dernière, soit une hausse d’environ 80%! – ainsi qu’un dollar américain plombé par une Réserve fédérale (Fed) encore très prudente à propos d'un resserrement de sa politique monétaire, a créé un regain d’intérêt de la part des investisseurs pour ces devises.

Le vent a commencé à tourner au cours du mois d’avril. Les marchés financiers ont commencé à anticiper une hausse des taux directeurs aux Etats-Unis, ce qui a eu pour effet de renforcer les taux d’intérêt à court terme, poussant le dollar à la hausse. La montée du billet vert s’est cependant déroulée de manière très inégale parmi les monnaies matières premières. Le dollar australien s’est ainsi effondré de plus de 8% face au dollar américain, se dépréciant de manière générale contre toutes les autres devises du G10. Le dollar australien a cependant une place à part sur le marché des changes, dû aux liens économiques très étroits entre la Chine et l’Australie. Sa monnaie locale est donc très exposée aux variations de la demande chinoise, premier partenaire commercial de l’île continent.

Dollar australien sensible aux prix des matières premières

En effet, la deuxième économie mondiale absorbe plus de 30% des exportations australiennes, dont près de 80% de ses exportations de minerai de fer et 40% de celles d’or. L’«Aussie» (surnom du dollar australien) est donc extrêmement sensible aux variations du prix de ces dernières. L’envolée du prix du minerai de fer au cours du premier a d’ailleurs été le principal catalyseur de la forte appréciation du dollar australien (+13% contre le dollar américain) et a également accéléré sa chute durant les mois qui ont suivi. Entre janvier et fin avril le prix du minerai de fer a bondi de 75%, passant la barre symbolique des 70 dollars par tonne métrique (70,46 dollars, prix spot CFR au port de Qingdao le 21 avril 2016), soit le niveau le plus haut depuis janvier 2015.

Cette hausse impressionnante du prix du minerai de fer est attribuable principalement à une spéculation massive sur le marché des contrats à terme, alors que les fondamentaux ne justifiaient pas un tel essor. En effet, les stocks de minerai dans les ports chinois ont continué d’augmenter, alors que la demande d’acier est restée relativement stable depuis de nombreux mois. De plus, le ralentissement de l’immobilier chinois – un des secteurs les plus gourmands en acier – devrait continuer à peser sur la demande.

Stabilisation des prix du pétrole et du fer

Depuis la bulle spéculative s’est dégonflée, le billet vert s’est envolé suite aux anticipations de resserrement monétaire aux Etats-Unis et l’Aussie a décroché, en effaçant presque la totalité des gains engrangés sur 2016. A quoi pouvons-nous donc nous attendre durant ces prochaines semaines? Du côté du pétrole, il semblerait que les cours du brut aient atteint des niveaux qui satisfassent la plupart des acteurs. Ni trop élevé, afin de ne pas étouffer une reprise économique mondiale hésitante, ni trop bas, de manière à permettre de relancer doucement les investissements dans le secteur pétrolier. Les cours du minerai de fer semblent également montrer des signes de stabilisation. Cependant les problèmes récurrents de surcapacité de production en Chine continuent de poser un risque sur le moyen-long terme.

Du côté de la banque centrale australienne, la RBA a réaffirmé sa volonté de limiter l’appréciation de l’Aussie et est passée à l’action en coupant encore une fois ses taux au début du mois de mai (1,75%). Dans l’environnement actuel, nous estimons que la monnaie australienne n’a pas encore épuisé son potentiel baissier. Cependant la prudence reste de mise puisque la Fed pourrait à nouveau surprendre les marchés en maintenant ses taux directeurs lors de la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) du mois de juin.

* Analyste marché, Swissquote

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