Jusqu’à la fin du sommet du G20, vendredi en début d’après-midi, la crise de la zone euro a mobilisé l’énergie et l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Cannes, dans le célèbre Palais des festivals. En s’occupant de la Grèce d’abord, puis de l’Italie, les dirigeants des grandes économies mondiales «ont tout mis en œuvre pour apporter une réponse crédible à la crise», s’est félicité Nicolas Sarkozy, les traits tirés, lors de la conférence de presse finale, tenue dans la salle Louis Lumière, celle-là même où la Palme d’or est remise.

A l’issue de deux jours de réunions, les pays européens membres du G20 ont reçu le soutien de leurs homologues, qui ont salué le plan de sauvetage du 27 octobre. Celui-ci vise en particulier à surmonter la crise de la dette en Grèce, à renforcer les banques européennes et à mettre en place des dispositifs de protection contre la contagion. Les Etats-Unis en particulier ont épaulé les Européens. En deux jours, «j’ai pris un cours accéléré de politique européenne. En raison du nombre d’acteurs en jeu, c’est un peu laborieux et cela prend du temps», a ironisé Barack Obama au cours d’une conférence de presse très fréquentée. Mais le président américain a reconnu qu’après avoir écouté les Européens, il est «certain» que le Vieux Continent est en mesure de sortir des difficultés: «Les Européens ont donné un signal clair aux marchés sur l’importance qu’ils accordent à protéger l’euro et sur leur capacité à résorber la crise.» Barack Obama leur a exprimé sa «confiance», tout en reconnaissant qu’il «reste encore beaucoup de travail à faire, ainsi que des choix difficiles».

Une fois la menace du référendum écartée «grâce à une attitude ferme à l’égard de la Grèce qui a suscité une prise de conscience collective» à Athènes, selon l’appréciation de Nicolas Sarkozy, l’Italie s’est retrouvée sur la sellette. Rome a demandé au FMI de suivre sur une base trimestrielle ses engagements en matière de redressement financier: «Je suis très heureuse que l’Italie ait invité le Fonds pour certifier, ou non, la mise en œuvre et la crédibilité du programme de 15 pages présenté il y a peu», a commenté Christine Lagarde, la directrice générale du FMI. La Commission européenne aussi «se lancera dans une évaluation détaillée et un suivi de la situation italienne. Dès la semaine prochaine, nos équipes seront sur place», a précisé le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Par ailleurs, le G20 a pris une série de décisions visant à «redynamiser» la croissance économique mondiale et l’emploi. Pour soutenir la reprise, chaque pays «s’engage à contribuer selon sa situation». Les pays aux finances publiques relativement solides (l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, l’Allemagne, la Corée, l’Indonésie) s’engagent à laisser «jouer leurs stabilisateurs automatiques» et à prendre des mesures pour soutenir la demande intérieure. Les Etats-Unis ont promis un ensemble de mesures de soutien à la reprise par des «investissements publics, des réformes fiscales et des mesures ciblées en faveur de l’emploi».

Les dirigeants des grandes économies mondiales ont aussi décidé de renforcer le FMI, ce «rempart contre les risques systémiques», selon les mots de Nicolas Sarkozy, mais sans chiffrer cet effort. «Je quitte Cannes avec l’engagement unanime des pays du G20 pour des ressources illimitées, sans plancher, ni plafond pour permettre au FMI de faire tout ce qu’il faut en cas de crise», s’est félicitée Christine Lagarde. Les modalités restent encore à préciser, les ministres des Finances ont plusieurs pistes devant eux. Ils se réuniront à ce sujet en février prochain. Pour la patronne du FMI, «le sommet fut très productif. Je repars avec beaucoup de travail.»

D’autres voix sont plus critiques. Comme Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, pour qui ce sommet est «un relatif succès»: il a «pu apporter une réponse à la crise [européenne]», mais pas obtenir d’avancées importantes sur les autres sujets. Pour autant, a-t-elle ajouté, «je ne suis pas déçue. On l’est lorsque l’on a de grandes attentes.»