Comment les grands pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Russie et Afrique du Sud) qui disposent d’importantes réserves en devises, pourraient-ils aider les pays en difficulté de la zone euro? L’idée a été évoquée la première fois par Guido Mantega, ministre brésilien des Finances, à la vielle de l’assemblée générale annuelle du Fonds monétaire international (FMI) en septembre à Washington. Elle a fait l’objet d’intenses négociations par les ministres des Finances du G20, réunis samedi à Paris. Malgré les apparences d’unité, ces derniers ont quitté la capitale française divisés.
En substance, les pays émergents ont proposé de renforcer les caisses du FMI pour qu’il puisse participer pleinement au sauvetage de la zone euro. Cette institution a déjà pris part aux plans d’aide à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande. Elle dispose à présent d’un trésor de guerre de 360 milliards de dollars, insuffisante au cas où de nouveaux pays comme l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou encore la France devaient faire appel à des soutiens internationaux. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) renforcé à hauteur de 440 milliards d’euros ne suffirait pas et de surcroît, il n’entrera en vigueur qu’en 2013.
D’où la proposition des pays émergents. La Chine détient à présent une réserve de 3200 milliards de dollars, la Russie 525 milliards, le Brésil 350 milliards et l’Inde 320 milliards. Mais renflouer les caisses du FMI signifie une redistribution de son actionnariat et un bouleversement de rôle de chaque pays au sein de l’institution financière. En voulant injecter de l’argent, les pays émergents songent, et ils ne le cachent pas, à renforcer leurs voix dans la prise des décisions au sein du comité directeur. A présent, les pays industrialisés détiennent près de 60% des voix et les Etats-Unis, avec 17%, disposent même d’un droit de veto.
C’est ainsi que la démarche des pays émergents a été accueillie froidement samedi à Paris. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Japon ont été les premiers à s’y opposer. «Le FMI a déjà des ressources financières très substantielles», a balayé le secrétaire d’Etat américain au Trésor Timothy Geithner. Le communiqué publié samedi confirme toutefois l’engagement du G20 à assurer les fonds nécessaires au FMI afin que ce dernier puisse remplir ses missions.
«Les pays riches aimeraient que les pays émergents rachètent la dette européenne, mais sans participer aux décisions politiques», commente Gopalan Balachandran, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. Il affirme que l’Europe est toutefois divisée sur la question. «Certains pays souhaitent que toutes les décisions soient prises en Europe, sans l’intervention du FMI et encore moins des pays émergents, poursuit-il. L’Allemagne, notamment, veut rester maître de la situation parce qu’elle a des intérêts directs à défendre.»
Selon le professeur Gopalan Balachandran, les Etats-Unis ont deux raisons pour s’opposer au renflouement du FMI. «Ils n’ont ni les liquidités nécessaires ni la volonté politique, dit-il. Mais surtout, ils ne veulent dans aucun cas compromettre leur leadership au sein de l’institution.»
«Ce qui est indispensable, c’est que les ressources du FMI soient adéquates pour faire face aux besoins de ses membres», avait déclaré Christine Lagarde samedi à l’issue de la réunion des ministres des Finances. Elle est allée un peu plus loin lundi en disant que les fonds étaient «appropriés», sans toutefois donner des chiffres.
Le sujet n’est pas clos. Les chefs d’Etat prendront le relais début novembre à Cannes.