Le sommet du G20 a commencé avec un jour d’avance sur l’agenda prévu. La sixième rencontre des vingt grandes puissances, depuis celle de Washington fin 2008, devait s’ouvrir ce jeudi à Cannes par un examen de la situation économique mondiale. Les séances se sont enchaînées dès hier après-midi. Objectif: apaiser la panique créée depuis l’annonce, lundi, par le premier ministre grec de la tenue d’un référendum sur l’accord censé sauver son pays de la faillite et obtenu au forceps la semaine passée à Bruxelles.

A l’heure du bouclage hier soir, rien n’avait encore filtré de la dernière réunion de la journée, à laquelle participait Georges Papandréou. Et ce jeudi matin, il y aura encore un mini-sommet, ­entre Européens, consacré à ce dossier.

Comme les marchés financiers mercredi, le centre-ville de Cannes retenait son souffle. Bouclée de toute part, la Croisette semblait morte, et bien loin de ­l’atmosphère qui prévaut au printemps lors du festival international du film.

La crise de la zone euro n’inquiète pas que les Européens. Le reste de la planète redoute qu’elle n’entraîne l’économie mondiale dans une récession. Et fasse ressurgir un scénario contre lequel le G20 s’était battu il y a tout juste trois ans.

A l’époque, la crise des «subprime» venait de plonger les économies développées dans la pire crise depuis la Grande Dépression des années 1930. Au sommet de Londres, le 1er avril 2009, les pays du G20 avaient adopté un plan de relance «historique». Quelque 5000 milliards de dollars étaient injectés pour relancer la machine.

La potion a fonctionné un temps, mais son pouvoir a disparu, s’est alarmé en début de semaine l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Plus que l’argent, la crédibilité des grands leaders fait défaut.

Le G20 doit «prendre des initiatives audacieuses pour rétablir la confiance dans un contexte de faible croissance économique» comme il l’avait fait en 2008, a demandé lundi l’OCDE. L’organisation s’attend à une récession de 5% dans certains grands pays développés d’ici mi-2013 si une détérioration des conditions financières se produit comme entre 2007 et 2009. Entre les lignes, ses économistes redoutent les conséquences d’un défaut désordonné de la Grèce, voire de son abandon de la monnaie unique. Hier après-midi, le premier ministre français a demandé aux Grecs de dire «vite et sans ambiguïté s’ils choisissent» de rester dans la zone euro.

Mercredi matin, la communauté des affaires, ou «B20», a appelé les grands dirigeants américains, européens mais aussi chinois, brésiliens ou indiens à «un leadership plus affirmé et mieux coordonné […] afin d’inverser ces tendances». «Retrouvez l’esprit de coopération que vous aviez eu après la chute de Lehman Brothers» en 2008, a lancé leur porte-voix, la présidente du Medef, le patronat français, Laurence Parisot.

Lundi encore, le Bureau international du travail s’était inquiété qu’«au rythme actuel, dans les économies avancées, il faudra au moins cinq ans pour retrouver le niveau d’emploi qui prévalait avant la crise, soit un an plus tard que prévu dans le rapport de l’an dernier». Le chômage mondial a lui franchi «son plus haut niveau jamais atteint, dépassant les 200 millions de sans-emploi sur la planète», ajoute-t-il. D’où la montée des manifestations d’Indignés dans de nombreux pays. Mardi, ils étaient 5000 à 10 000 à protester à distance à Nice, Cannes leur étant interdite.

Organisation encore informelle à la légitimité contestée et dont la Suisse demeure exclue, le G20 se réunit cette année sur deux jours. La présidence française, qui passera la main au Mexique à l’issue du sommet, avait étoffé l’agenda pour «améliorer de façon durable la stabilité et la prospérité mondiales». ö Lire aussi en pages 15 et 21

A Londres début 2009, quelque 5000 milliards de dollars avaient été débloqués