Le Temps: Quel espoir représente le G20 qui s’est réuni le 15 novembre Washington et qui se réunira de nouveau le 20 avril?

Heiner Flassbeck: Les recommandations du G20 sont utiles, mais elles doivent être plus courageuses. Elles se concentrent sur la crise des «subprime» qui n’est que le déclencheur du marasme dans lequel le monde se retrouve aujourd’hui. C’est peut-être utile de vouloir mieux contrôler les agences de notation. Mais ces solutions ne touchent pas aux causes fondamentales qui ont mené à la crise, c’est-à-dire la spéculation sur les marchés des produits de base et de devises. Le monde a besoin d’une nouvelle architecture financière qui est à même de combattre les déséquilibres globaux. Il faudra certainement aussi un nouveau système de change. Aussi longtemps qu’ils ne sont pas maîtres de la situation, les pays restent impuissants quand les taux de change ou les prix du pétrole et des matières premières montent et baissent de façon abrupte. Au printemps dernier, ce n’était pas la pénurie de vivres, mais les prix accablants qui ont provoqué les émeutes de la faim dans le monde

– Avez-vous des idées précises sur comment combattre la spéculation sur les monnaies?

– On ne peut pas laisser des pays entiers, à l’instar de l’Islande et de la Hongrie, tomber dans la trappe de la spéculation financière. La Cnuced publiera des propositions concrètes à ce sujet en février. Ses travaux sont étroitement coordonnés avec ceux de la commission nommée par le président de l’Assemblée générale de l’ONU, commission qui est dirigée par le Prix Nobel de l’économie Joseph Stiglitz. Les résultats des travaux de la Commission et ceux de la Cnuced sur les origines de la crise et sur des mesures anti-crise seront soumis à tous les 192 membres de l’ONU. Le G20 n’est pas représentatif de tous les pays.

Il faut créer une nouvelle gouvernance et une nouvelle architecture financière mondiales qui ne laissent de place ni à la spéculation financière, ni à la spéculation sur les matières premières et les devises. L’ONU pourrait organiser une conférence comparable à celle qu’elle avait conviée en 1944 à Bretton Woods. Celle-ci avait été organisée pour préparer la sortie de la Grande Dépression. Il y avait alors 44 pays présents. Aujourd’hui encore il faut une solution multilatérale à la crise qui touche tout le monde. Je voudrais souligner que cette démarche onusienne ne concurrence en rien les réflexions du FMI qui apparemment cherche lui aussi un nouveau rôle dans la surveillance financière mondiale. Les propositions de cette institution doivent être prises en compte. Mais le FMI lui-même doit changer de fond en comble.

– Quel sera le rôle du G8, une instance qui a donné la direction politique et économique depuis de nombreuses années et dont le prochain sommet est prévu en juillet en Sardaigne sous présidence italienne?

– C’est une instance utile qui a été conçue pour discuter d’une manière informelle des grandes questions d’actualité sur la scène internationale, mais elle n’est pas prévue comme un organe de décision.

– Comment expliquez-vous le mutisme de la Cnuced par rapport à la crise?

– Cela fait plusieurs années que nous attirons l’attention sur les excès du monde financier et que nous dénonçons la spéculation financière. Nous sommes allés contre la pensée dominante. C’est avec beaucoup de tristesse que je constate que la crise nous donne raison. Aujourd’hui, de nombreux pays qui ne comprennent plus ce qui leur arrive, viennent chercher conseil chez nous à Genève. Il faut dire que parallèlement, certaines autres institutions internationales ont perdu de leur crédibilité.