Dans leur communiqué final, les grandes puissances industrialisées et émergentes du G20 ont réaffirmé «l'importance prioritaire accordée à la transparence financière», indique leur communiqué final.

Reprenant les grands points d'un plan d'action européen, le G20-Finances appelle plus précisément à se doter des moyens de savoir qui se cache derrière les sociétés-écrans, au coeur des révélations des Panama Papers.

«Améliorer la transparence sur les ayants droit (...) est vital pour protéger l'intégrité du système financier international», indique le communiqué.

A l'heure actuelle, des sociétés-écrans peuvent être créées sans avoir à dévoiler l'identité de leur réel bénéficiaire, compliquant grandement la tâche des administrations fiscales.

Pour y remédier, le G20-Finances attend d'ici octobre de «premières propositions» visant à offrir aux Etats un meilleur accès aux informations sur les ayants droit et de «les échanger» au niveau international.

Vers des mesures contraignantes

D'après le communiqué final, les ministres des Finances du G20 demandent également à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) d'identifier d'ici à juillet les paradis fiscaux qui refusent de coopérer avec la communauté internationale. «Des mesures contraignantes seront envisagées par les membres du G20», ajoute le communiqué.

«Nous devons agir pour nous occuper des paradis fiscaux et des failles de la fiscalité internationale qui permettent à ces paradis de se développer», a assuré le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, ajoutant que ce système était perçu comme étant «purement et simplement injuste».

Les négociations ont toutefois été particulièrement compliquées avec la Chine, qui préside le G20 et s'est montrée «la plus réticente», a indiqué à l'AFP une source proche des discussions.

A l'heure où la croissance économique mondiale donne des signes de faiblesse, le G20-Finances a également redit son inquiétude sur un possible «Brexit», à deux mois et demi du référendum qui décidera de l'avenir européen de la Grande-Bretagne.

Le G20 prend position contre le Brexit

«Le choc d'une sortie potentielle du Royaume-Uni de l'Union européenne complique (...) la situation de l'économie mondiale», indique le communiqué final.

Le «Brexit» s'est imposé depuis le début de la semaine dans les débats entre les grands argentiers du globe réunis à Washington pour la réunion de printemps du FMI et de la Banque mondiale.

C'est «clairement un risque à l'horizon», a assuré la directrice générale du FMI Christine Lagarde, alors que l'économie européenne reste convalescente.

«Il faudra attendre encore longtemps pour que de nombreux pays de la zone euro ne fassent reculer leurs taux de chômage, qui sont actuellement à des niveaux inacceptables», a déclaré le directeur du département Europe du FMI Poul Thomsen, appelant par ailleurs les Européens à faire preuve de «réalisme» sur la Grèce.

Le Brexit n'est toutefois pas le seul risque identifié par le G20-Finances qui pointe également les «conflits géopolitiques”, le «terrorisme» et la crise des migrants et se montre, plus généralement, préoccupé par l'accès de faiblesse de la reprise mondiale.

«La croissance reste modeste et inégale, et les risques de détérioration et les incertitudes persistent dans un contexte de volatilité financière, de défis pour les exportateurs de matières premières et de faible inflation», écrivent les ministres des Finances.

De nombreux pays sur le globe sont, de fait, déstabilisés par la chute des cours des matières premières qui s'accélère sous l'effet du ralentissement économique du géant chinois.

Ralentissement des réformes

Dans ce contexte, les pays du G20 réaffirment leur volonté d'utiliser «tous les outils» monétaires, budgétaires et structurels à leur disposition.

«Toutes les grandes économies doivent déployer l'ensemble de leur boîte à outils de mesures économiques», a assuré M. Lew.

Le ministre allemand des Finances a toutefois jugé «particulièrement inquiétant» que l'élan vers les réformes structurelles ait ralenti dans «de nombreux pays», laissant les politiques monétaires soutenir la croissance.

"Les limites et les effets pervers des mesures macroéconomiques expansionnistes deviennent plus visibles", a affirmé Wolfgang Schäuble.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi lui a indirectement répondu en défendant la relance monétaire en Europe en dépit "d'effets indésirables".

«Nous ne voyons actuellement aucun signe général d'excès dans le comportement des banques et d'autres institutions financières», écrit le dirigeant dans une intervention publiée par le FMI.

 


Les Etats-Unis préparent de nouvelles réglementations

L'administration Obama «finalise» un plan de lutte pour réduire l'opacité des sociétés offshore créées aux Etats-Unis. Elle veut ainsi combler une «faille» de la règlementation du pays, a annoncé le secrétaire américain au Trésor Jack Lew, selon l'ATS.

Cette initiative intervient alors que l'onde de choc des "Panama Papers", qui a mis au jour un vaste réseau de sociétés-écrans dans des paradis fiscaux, continue de se propager. Elle a déjà conduit le G20-Finances à ébaucher vendredi une première contre-offensive.

«Nous sommes sur le point de proposer une régulation qui exigerait d'un réel bénéficiaire d'une société individuelle à responsabilité limitée de s'identifier auprès de l'Internal Revenue Service (le fisc américain) afin de combler une faille que certains ont réussi à exploiter», a assuré M. Lew dans sa déclaration écrite au FMI, en marge de l'assemblée de printemps de l'institution.

Des sociétés-écrans immatriculées aux Etats-Unis ont été utilisées pour contourner les sanctions américaines ou abriter les revenus de trafiquants d'armes.

Le Trésor est également en train de «finaliser» une autre règle qui forcerait les banques à identifier le réel bénéficiaire d'une société nouvellement formée avant d'ouvrir un compte, a ajouté M. Lew. Les banques américaines ne sont pour l'heure tenues qu'à une obligation générale de «connaître leurs clients» qui ne les empêche pas de traiter avec des sociétés offshore.