Le G20 a prévu d’adopter un «plan d’action» pour lutter contre le chômage. Associé aux travaux préparatoires du sommet de Cannes, auquel il participe, le directeur général du Bureau international du travail (BIT), Juan Somavia, donne ses recettes pour relancer la croissance et l’emploi.

Le Temps: Qu’attendez-vous du sommet de Cannes?

Juan Somavia: Le G20 doit remettre la croissance et l’emploi à son agenda. A Londres, puis à Pittsburgh (ndlr: en 2009), la question de la dette souveraine n’était pas omniprésente. Depuis le sommet de Toronto, l’équilibre entre assainissement budgétaire et relance a été rompu, provoquant une spirale négative. L’austérité a pénalisé la croissance des Etats-Unis et de l’Europe, et elle limite leur capacité à payer leur dette. Il faut réinvestir là où cela crée de l’activité. A savoir: le soutien aux PME, qui créent la majorité des places de travail.

– Que faire concrètement?

Aujourd’hui, les banques sont réticentes à prêter aux PME, ce qui contraint leur développement. Des politiques publiques pourraient être mises en œuvre pour garantir une partie des crédits.

– L’augmentation attendue des fonds propres des banques ne limitera-t-elle pas aussi la capacité de prêter?

– Le niveau des fonds propres n’est pas le problème. Les banques ont confondu leur intérêt avec celui de leur fonction publique qui est de recueillir l’épargne pour l’investissement et la consommation. Le mélange banque d’affaires et banque traditionnelle a créé le problème. Or c’est la première activité qui nécessite beaucoup de fonds propres. L’opinion publique a le sentiment que certaines banques sont «trop grandes pour faire faillite», mais que certaines personnes sont «trop petites pour compter». Cela ne peut durer. Remettons l’économie réelle au poste de commande de l’économie mondiale, en séparant ces activités bancaires, ce qui n’a rien de complexe. Ainsi, on n’aura plus des banques d’affaires qui soient aussi «too big to fail». Ce n’est pas ainsi que le marché fonctionne. On ne peut pas avoir un monde piloté par des activités spéculatives.

– La taxe sur les transactions financières défendue par la France et l’Allemagne constitue-t-elle une solution?

– Ce n’est qu’un instrument. La contribution économique réelle des ventes à découvert à nu ou encore des CDS (ndlr: assurance contre le défaut des débiteurs) devrait aussi être examinée. Il faut savoir s’ils contribuent à créer des entreprises, à créer des emplois, à promouvoir la demande.

– La crise grecque éclipse-t-elle le reste de l’agenda du G20?

– Non. Les problèmes sont en Europe. En Amérique du Sud et en Asie, les Etats disposent encore d’une marge budgétaire pour agir. Le sommet va produire des résultats très importants, comme la promotion d’un socle de protection sociale.

– Le problème grec n’est-il pas alors exagéré?

– Non. Nous sommes au cœur de l’Europe, donc il est logique que l’on en parle beaucoup. La crise grecque met en relief le problème de gouvernance économique de la zone euro. Les Européens avancent cependant, notamment avec les nouvelles règles adoptées la semaine passée. Ce n’est pas une question de moyens financiers, mais de capacité à les mettre en œuvre.