Vendredi, les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Pittsburg (Pennsylvanie), ont «désigné» leur enceinte comme «le premier forum pour notre coopération économique». Exit le G8. Il laisse la place à une organisation plus vaste, représentant plus de 80% de la richesse de la planète, qui fait la part belle aux pays émergents.

Dans leur communiqué final, les Etats membres détaillent comment ils entendent se donner davantage de moyens pour renforcer cette coopération. Certaines de ces mesures restent vagues (sacro-sainte souveraineté des Etats oblige), très peu de sanctions ou de mesures contraignantes sont prévues pour convaincre les éventuels récalcitrants. Au final, les membres du G20 se sont octroyés à eux-mêmes la mission «d’agir ensemble pour générer une croissance globale forte, durable et équilibrée.» Ils s’en prennent notamment «au comportement téméraire et au manque de responsabilité» qui a amené à la crise financière actuelle. «Nous ne permettrons pas, assènent-ils, un retour aux pratiques bancaires ordinaires («banking as usual»).»

Le FMI va être remodelé

Le G20 a décidé de revoir l’équilibre des votes au sein du Fonds monétaire International (FMI) pour offrir «au moins 5%» supplémentaires aux pays émergents, sous-représentées aujourd’hui. Ils demandent en outre à cette institution d’établir par ses analyses si les différentes politiques économiques des Etats «sont compatibles les unes avec les autres» et si elles aident à atteindre l’objectif d’une croissance partagée.

Les sceptiques notent qu’une telle procédure existe déjà en partie et que le FMI pourrait se montrer prudent à l’heure de dévoiler les travers de ses principaux Etats membres. Les Vingt s’engagent pourtant à établir des objectifs communs, à les revoir dans le temps et à étudier les conséquences globales et les risques potentiels liés à leur politique économique.

Dans les banques, «un retour à la pratique de risques excessifs qui prévalait dans certains pays avant la crise n’est pas une option», poursuivent les membres du G20. Les Etats membres ont chargé le FMI de déterminer comment le secteur financier pourrait participer lui-même, avec des mesures «justes et substantielles», au financement de son propre renflouement dans l’éventualité d’une nouvelle crise. Cette mesure pourrait aller dans le sens des propositions de la France, qui entendait introduire une «taxe Tobin» sur les transactions financières.

De même, l’Europe (et particulièrement la France qui s’est affichée comme la championne de la réglementation) a été entendue en matière de bonus accordés aux banquiers. Ceux-ci devraient être plus directement liés aux performances et au montant des fonds propres des banques. «Pour la première fois, les banques centrales disposeront du pouvoir de limiter le montant global des bonus», s’est réjoui Nicolas Sarkozy, dont les propositions rencontraient de fortes oppositions de la part notamment des Américains.

Pas de percée sur le climat

En revanche, en dehors d’engagements peu précis en matière de défense de l’environnement, l’Europe n’a pas réussi à imposer ses vues à moins de trois mois de la réunion de Copenhague qui doit déboucher sur «l’après-Kyoto». Les membres du G20 s’engagent certes à supprimer toutes les subventions aux énergies fossiles afin de favoriser les énergies propres et de réduire ainsi les émissions de gaz à effet de serre de 10% d’ici à 2050. Mais aucune date n’est fixée pour la fin de ces pratiques.

Reste enfin le thème des paradis fiscaux, qui fut central en avril dernier à Londres. La Suisse y avait été inscrite sur une liste grise de pays insuffisamment coopératifs. Elle en est désormais retirée, comme Monaco. Dans sa déclaration, le G20 menace de sanctions les Etats qui n’auraient pas signé au moins douze conventions fiscales conformes aux normes OCDE, d’ici à mars 2010. Avant la réunion de Pittsburgh, la Chine avait cependant longuement bataillé pour que Hongkong ne soit pas visé par des sanctions éventuelles. «Le secret bancaire, les paradis fiscaux c’est fini», s’est exclamé Nicolas Sarkozy.