C’est l’histoire de la réforme à moitié pleine ou à moitié vide. Le G20 Finance de ce week-end, à Londres, s’achève avec quelques avancées indéniables; mais le flou demeure dès qu’il s’agit de les traduire en mesures concrètes.

L’urgence de la crise passée, les discussions se sont focalisées sur la réforme de la régulation bancaire et des institutions financières internationales. Et la tâche dépasse de loin la simple mobilisation de moyens financiers. Sur ce point, Dominique Strauss-Kahn, le directeur du FMI, «attend encore que des mesures fortes soient prises et appliquées». Interrogée par Le Temps, Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie, reconnaît qu’«évidemment, c’est plus compliqué, plus tendu, parce qu’on construit l’avenir: on n’est plus en train de régler les problèmes du présent».

Concessions sur les bonus

La France et l’Allemagne ont certes réussi à arracher quelques concessions sur les bonus. En particulier, le G20 s’engage sur des principes désormais relativement précis sur leur encadrement: étalement sur plusieurs années, «malus» si les performances baissent, interdiction des bonus garantis… En revanche, aucun accord n’a pu être trouvé sur leur plafonnement des bonus, face à l’opposition des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Seule concession américaine, il est question dans le communiqué final de ce week-end, «d’explorer les approches possibles pour [les] limiter». Une phrase alambiquée pour indiquer que les chefs d’Etat, à Pittsburgh les 24 et 25 septembre, se pencheront sur la question, pour laquelle des propositions sont en préparation.

Paradis fiscaux: date butoir

Du côté des paradis fiscaux, le G20 a décidé d’une date butoir pour imposer des sanctions: mars 2010. Reste que les sanctions contre les pays non coopératifs n’ont pas été définies. Côté européen, on réfléchit à supprimer les conventions fiscales bilatérales évitant la double imposition. Faut-il aller plus loin, et s’attaquer par exemple aux trusts? «Une seule étape à la fois», temporise Christine Lagarde.

Autre point de blocage: le FMI. Certes, l’institution affirme avoir désormais obtenu les 500 milliards de dollars supplémentaires qui avaient été promis en avril. Mais sur la réforme des droits de vote, l’Europe, qui a 30% des voix, bloque toute avancée face aux pays émergents qui réclament une hausse de leur participation. Elle exige en échange la fin du veto américain, ainsi qu’une réforme de la gouvernance de l’institution.

Plans de relance maintenus

Enfin, le G20 Finance s’est mis d’accord pour continuer les plans de relance mis en place à travers le monde. Quelques voix, notamment en Allemagne, commençaient à s’inquiéter des risques inflationnistes que ceux-ci risquent de poser à terme. Mais les principaux argentiers de la planète estiment que la reprise est encore trop fragile pour parler d’un retrait des plans de relance. Tout juste reconnaissent-ils le besoin de préparer des «stratégies de sortie coopératives et coordonnées»… Pour plus tard. Une façon de botter en touche décidément habituelle au G20.