«La surprise ne vient pas tant de l’ampleur des emplois créés que de la rapidité avec laquelle cela se produit!» Jeudi après-midi, au centre Coex qui accueille à Séoul depuis hier le cinquième sommet du G20, Kenneth Ash s’enthousiasme pour le rapport que son organisation va publier aujourd’hui. Le directeur pour le commerce et l’agriculture de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) explique qu’une nouvelle modélisation a été utilisée. A la demande des membres du G20 en juin à Toronto, elle mesure l’impact d’une réduction de moitié des barrières au commerce international.

Dans ce rapport de 47 pages, que Le Temps a pu consulter, on peut lire une hausse «sans ambiguïté» de l’emploi qualifié (entre 0,1% et 4%) et non qualifié (entre 0,9% et 3,9%). La Suisse se situe dans la moyenne. A long terme, l’emploi progresse partout. Ce scénario s’inspire de la situation actuelle. Seuls quatre des vingt-huit pays passés sous revue voient alors l’emploi se contracter, au maximum de 0,14%. Côté salaires, le modèle prévoit une hausse, entre 2% et 8% à long terme. En Suisse, ils peuvent augmenter de plus de 6%.

Message pour conclure Doha

«Dans certains secteurs, des personnes vont perdre leur emploi, reconnaît Kenneth Ash. Pour elles, il faut trouver des solutions, des mesures d’accompagnement financières et de formation, par exemple.» Aucun nombre d’emplois créés n’est toutefois fourni.

En lui-même, le rapport constitue une «réussite», note un observateur, tant les cultures des organisations qui l’ont rédigé sont différentes. Outre l’OCDE, la Banque mondiale, le Bureau international du travail (BIT) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) y ont contribué.

Son but est politique, souligne Kenneth Ash; il va aider à convaincre l’opinion publique de l’intérêt de la libéralisation des échanges, alors que «le chômage a augmenté dans 10 pays du G20 par rapport à 2009», a relevé lundi le BIT. Il «culmine à un niveau historique de 210 millions [de chômeurs], 30 millions de plus qu’à la veille de la crise en 2007», constate aussi l’organisation. Qui ajoute que, dans le même temps, «les salaires réels se sont effondrés de 4% de leur niveau d’avant la crise».

En juin, à Toronto, les pays du G20 avaient abandonné toute date butoir pour conclure le Cycle de Doha, lancé en 2001 mais aujour­d’hui au point mort. Ce rapport pourrait aider à faire bouger les choses, espèrent plusieurs responsables à Séoul, qui assurent en faire une priorité. Jeudi soir, un porte-parole du gouvernement japonais a déclaré que la croissance ne peut aller sans création d’emploi ni sans commerce, et appelé un «message clair» en faveur de Doha. «Nous devrions tous nous engager à conclure rapidement les négociations. […] L’Europe est prête pour cela», a de son côté affirmé José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne.

Cette place accordée au commerce s’insère dans un plan plus large, lancé par la Corée du Sud, consacré au développement. «Pour la première fois, ce thème se trouve dans l’agenda du G20», s’est réjoui José Manuel Barroso. Selon l’OCDE, un programme en neuf points devrait figurer dans le communiqué final. Il comprendrait notamment un effort sur la formation, un accès plus ouvert au financement, ou encore l’amélioration des infrastructures des pays en développement. C’est un «grand bond en avant», estime Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, car on ne parle plus «d’aide mais de développement». Des ONG ont toutefois rappelé que le développement n’excluait pas l’aide et que les engagements pris par le G8 devaient être honorés.

En attendant, le communiqué final semble loin d’être rédigé. Les chefs d’Etat et de gouvernement avaient achevé leur souper de travail depuis longtemps, mais, selon des officiels japonais, leurs sherpas vont travailler «toute la nuit et sans doute demain matin» pour s’entendre sur les autres sujets. A commencer par le paragraphe consacré aux taux de change, s’il est maintenu, et celui sur les excédents ou déficits des comptes courants, reflet des déséquilibres mondiaux. De ce point de vue, la réunion de Séoul est un «test de crédibilité», estime José Manuel Barroso.