La planète finance a le regard tourné vers Washington. Les ministres des Finances des sept pays les plus industrialisés* (G7) se rencontrent ce vendredi pour parler de la crise qui ébranle le système financier international et, surtout, des moyens pour restaurer la confiance. Par la suite, une réunion est prévue avec leurs homologues de grands pays émergents qui craignent une contagion. Les débats se prolongeront samedi lors de la réunion annuelle du Fonds monétaire international (FMI), garant de la stabilité financière mondiale.

Comme le veut la tradition, les ministres du G7 se rencontreront au bâtiment austère du Trésor, juste à côté de la Maison-Blanche. Leur hôte, le secrétaire d'Etat Henry Paulson, veut renforcer l'effort collectif face à la crise. C'est lui qui a souhaité la rencontre élargie entre pays industrialisés et pays émergents.

L'Europe est déchirée

Henry Paulson a toutefois déjà mis en garde contre toute attente démesurée de la réunion du G7. «Les pays sont différents, les systèmes financiers sont différents et les besoins et les politiques sont différents», a-t-il déclaré mercredi soir. Son pessimisme se comprend. Le plan Paulson de 700 milliards de dollars a été salué en Europe, mais aucun pays n'a pris des mesures fortes pour endiguer la crise. En réalité, les pays se déchirent même à l'intérieur de l'Union européenne.

Il n'empêche que le G7 pourrait annoncer des mesures visant à stabiliser le taux de change du dollar. Sa volatilité est en effet l'une des raisons qui ont affaibli l'économie américaine. Signe avant-coureur, le cours de l'or a baissé ces dernières heures dans l'attente que le billet vert reprenne son rôle de valeur refuge.

Mais avec leurs poids politiques et économiques, les ministres des Finances du G7 pourraient donner une impulsion pour que le FMI assume de nouvelles responsabilités. A cet effet, son directeur le français Dominique Strauss-Kahn n'arrête pas de revendiquer de nouveaux pouvoirs pour intervenir lorsque le système financier est en crise.

Revoir Bretton Woods

Selon ses statuts, le FMI agit en prêteur de dernier ressort lorsqu'un Etat se retrouve dans l'incapacité d'honorer ses engagements financiers. Dominique Strauss-Kahn estime que l'institution pourrait également intervenir lorsque les banques privées ont besoin de liquidités. «Notre point de vue est que la situation est très grave et nous pouvons résoudre les problèmes si nous agissons vite, énergiquement et de façon concertée», a-t-il déclaré jeudi.

Ce n'est pas seulement le FMI qui demande une redéfinition des organisations économiques internationales. Pas plus tard que ce mardi, Robert Zeollick, président de la Banque mondiale (BM), a appelé à la fondation d'un nouveau multilatéralisme, avec une profonde réforme des institutions comme le G7, le FMI et l'Organisation mondiale du commerce (OMC). «En 1944, à Bretton Woods, les pères fondateurs du FMI et de la BM ont saisi une occasion de construire un avenir meilleur. Nous ne devons pas être moins ambitieux aujourd'hui», a-t-il déclaré. Par rapport au FMI, Robert Zoellick a souhaité un système d'alerte en amont pour l'économie mondiale, concentré sur la prévention des crises et non seulement sur leur résolution.

Pascal Lamy, le directeur de l'OMC, est également favorable à la tenue d'un nouveau Bretton Woods. «Si ça veut dire mettre autour de la table les puissances mondiales, les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Indonésie ou les Saoudiens et qu'ils se donnent comme mandat de fixer des règles dans la finance mondiale, alors je suis pour», a-t-il déclaré dans une interview publiée jeudi dans Le Parisien.

*Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie et Japon.