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G7: la naissance des cryptomonnaies doit être conditionnée à une réglementation stricte

Dans leur rapport, les ministres des finances du G7 encouragent également les banques centrales à améliorer leur efficacité et à réduire le coût des paiements et des services financiers

La condition sine qua non pour lancer les cryptomonnaies stables, à l'instar du projet Libra de Facebook, est l'instauration d'un cadre juridique, sont convenus jeudi les ministres des finances du G7 réunis à Washington. «Nous convenons qu'aucun projet de monnaies numériques stables ne devrait être lancé tant que les problèmes et les risques juridiques, réglementaires et de surveillance n'auront été réglés de manière adéquate», selon un communiqué de la présidence française du G7 qui reprend les recommandations d'un rapport.

«Facebook et ses 2,4 milliards d'utilisateurs pourraient avoir une incidence mondiale», a réagi de son côté le ministre français des Finances Bruno Le Maire, soulignant qu'il s'agissait «aussi d'une question de démocratie, pas simplement d'une question économique». Il faisait allusion à la Libra.

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Le rapport, élaboré sous la houlette du membre du directoire de la Banque centrale européenne, Benoît Coeuré, ne cite à aucun moment la Libra que le réseau social veut lancer en 2020. Mais il avait été commandé en juillet lors du G7 Finances précédent en France, peu après l'annonce du projet de Facebook. Les ministres avaient alors tiré la sonnette d'alarme sur les risques potentiels de ces monnaies numériques tels que l'évasion fiscale ou le financement du terrorisme.

La réunion du G7 Finances intervient une semaine avant que le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, ne témoigne devant une commission financière de la Chambre des représentants le 23 octobre.

Inclure plus de personne dans le système financier

Le G7, qui reconnaît les nombreuses lacunes dans le secteur des services financiers, s'accorde également à encourager les banques centrales à améliorer l'efficacité et réduire le coût des paiements et des services financiers. D'une manière générale, «les paiements transfrontaliers restent lents, coûteux et opaques, en particulier pour les paiements de détail tels que les transferts de fonds», notent-ils.

En outre, 1,7 milliard de personnes dans le monde ont peu ou n'ont pas accès à des services financiers, ce qui explique l'émergence de monnaies numériques. «Nous devons nous assurer que ces 1,7 milliard de personnes soient incluses dans le système financier», a souligné Bruno le Maire.

Des inquiétudes exprimées

Depuis des mois, de nombreux régulateurs et gouvernements ont fait part de leurs inquiétudes notamment en raison de la mauvaise réputation du groupe américain en matière de confidentialité et de protection des données personnelles.

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La taille de Facebook, premier réseau social du monde avec 2,7 milliards d'utilisateurs (en comptant Instagram, WhatsApp, Messenger...), implique aussi que la nouvelle monnaie pourrait perturber le système financier mondial et rendre la tâche plus difficile aux banques centrales, a récemment observé le président de la Banque centrale américaine Jerome Powell. Les Etats et banques centrales redoutent aussi de perdre leurs souverainetés: ils sont pour le moment les seuls à avoir le droit de battre monnaie.

Yves Mersch, membre du directoire de la BCE, a estimé récemment que la Libra pourrait nuire à la politique monétaire de la zone euro. Aux Etats-Unis, Lael Brainard, membre du directoire de la Fed, a, dans un discours à Washington, dressé mercredi une longue liste de défis règlementaires auxquels devront faire face les émetteurs de monnaies numériques.

La Libra n'a pas vocation à «perturber» les institutions de réglementation

Les inquiétudes soulevées par les régulateurs sont «légitimes» et «absolument raisonnables», a réagi jeudi David Marcus, responsable du projet Libra chez Facebook, devant des journalistes. «Nous sommes déterminés à (y) répondre avec des solutions concrètes», a-t-il ajouté en assurant que les échanges avec les régulateurs étaient «beaucoup plus constructifs que ce qui en est dit».

L'association qui doit gérer la future monnaie virtuelle a pour sa part affirmé dans un communiqué que la Libra était «conçue pour fonctionner avec les institutions de réglementation existantes et appliquer les protections qu'elles offrent au monde numérique, sans les perturber ni les saper».

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