SOMMET D'EVIAN

Ce que le G8 pourrait changer pour le Sud

Selon le directeur du Centre international pour le commerce et le développement durable, basé à Genève, les institutions internationales ont été créées à une autre époque et devraient être adaptées aux nouveaux besoins du monde.

«Les pays du G8 représentent un formidable pouvoir économique, politique et militaire. A ce titre, ils ont le devoir de dialoguer entre eux et avec d'autres pays, et de donner une direction dans la marche des affaires internationales. Après la Seconde Guerre, les grands pays ont créé des institutions, avec la reconstruction européenne comme principale tâche. A Evian, le G8 pourrait demander de les adapter pour qu'elles répondent aux nouvelles exigences.»

Telle est la vision de Ricardo Melendez, directeur exécutif du Centre international pour le commerce et le développement durable (ICTSD). Basée à Genève, cette organisation défend un commerce ouvert et respectueux de l'homme et de l'environnement. Elle se veut aussi la courroie de transmission entre pays développés et en développement dans la négociation internationale. «La légitimité du G8, qui peut réellement influencer la marche des affaires internationales, n'est pas contestable», explique-t-il.

Economiste et ancien négociateur colombien auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Ricardo Melendez déclare d'emblée que la mondialisation implique des changements fondamentaux dans les communications, les technologies et la culture. Les multinationales et les sociétés financières sont les mieux armées pour en profiter. Mais elles ne sont pas les seules. Dans les pays en développement, de petites entreprises produisent désormais pour le marché international. A l'école, des enfants ont accès aux nouvelles technologies et aux connaissances. Le processus a aussi ses perdants, et les ressources naturelles sont pillées sans souci des générations futures. «Les conséquences de la mondialisation doivent être jugées sur le long terme. Une période d'ajustement est nécessaire. Si on ne fait rien, la période d'ajustement sera plus longue et les impacts négatifs plus lourds», annonce-t-il.

Ricardo Melendez note une attitude positive de la part des décideurs et des institutions internationales: «Ils reconnaissent que la libéralisation telle qu'elle a été menée dans les années 90 n'améliore pas automatiquement le sort des populations et qu'il faut trouver des alternatives qui prennent conjointement les dimensions économiques, sociales et environnementales en compte.» Par exemple, la Banque mondiale admet que certaines de ses politiques n'ont pas atteint leurs objectifs et tente de trouver de nouvelles voies. Idem pour l'OMC qui accepte désormais d'intégrer les notions de développement et d'environnement dans les négociations commerciales.

Pour l'ancien négociateur, l'OMC a encore du chemin à faire. Le GATT – devenu l'OMC après les accords de l'Uruguay Round en 1994 – a été créé après la guerre sans laisser de place aux pays en développement. Les accords de l'Uruguay Round ont donné lieu à des règles égales pour des partenaires inégaux. Il fait aussi ressortir que certaines pratiques économiques et commerciales qui ont permis aux pays industrialisés et nouvellement industrialisés d'Asie de prospérer sont maintenant interdites. «Ces pays ont grimpé l'échelle et, une fois au sommet, ils l'ont rejetée par terre», dit-il en citant Ha-Joon Chang, de l'Université de Cambridge.

Le patron de l'ICTSD donne un autre exemple: les pays en développement qui attendent depuis quinze ans un changement de politique en matière d'importation des produits agricoles dans les marchés du Nord. Si tout va bien, ils attendront encore quinze ans pour obtenir satisfaction. Dans le même ordre d'idées, Ricardo Melendez fait remarquer qu'il n'y a aucune instance au sein de l'OMC pour provoquer un débat sur les matières premières tropicales. «Les pays producteurs traversent une crise sans précédent mais à l'autre bout de la chaîne, les négociants et les détaillants gagnent des milliards. Il est temps que le G8 prenne une initiative sur le commerce des produits agricoles et des matières premières tropicales, qui touche directement la vie de millions de personnes en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.»

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