Du produit gadget à l’innovant, la finance tente de se réinventer

Banque Une conférence à Londres a réuni des start-up fintech

Elles ont présenté des modèles nouveaux ou facilitant les services bancaires

D’abord, les nouveaux systèmes de paiement ont fait leur apparition. Puis la gestion de fortune automatisée est arrivée en masse. Selon une participante régulière de la conférence annuelle Finovate, qui réunissait la semaine dernière à Londres start-up, investisseurs et banquiers intrigués par les nouveaux développements technologiques dans la finance, chaque année est caractérisée par une tendance particulière.

Sauf peut-être cette année, qui a été marquée par plusieurs thématiques. La sécurité, les prêts ­directs aux entreprises, sur le modèle de LendingClub, ou les nouveaux moyens d’identification biométrique, ont notamment occupé les discussions. A côté d’autres propositions moins attendues. Toutes les sociétés présentes, même les plus jeunes, doivent déjà avoir un modèle assez solide pour compter des clients. Signe que les banquiers suisses sont à l’affût des nouveautés, ils étaient une poignée de responsable de l’innovation à suivre cette semaine de présentations.

Faciliter l’identification

Apple n’y est sans doute pas étrangère. La reconnaissance biométrique a fait son apparition dans le monde de la finance. Et notamment par le biais de l’iPhone, dont les dernières versions peuvent reconnaître les empreintes digitales de l’utilisateur. Plusieurs sociétés se sont engouffrées dans ce créneau. C’est le cas de la norvégienne Encap Security, par exemple, qui propose un système de reconnaissance des clients via ce système. L’américaine IDmission s’est lancée il y a un an dans le même créneau mais en incluant la reconnaissance vocale et faciale des clients sur un smartphone.

Dans le même ordre d’idées, l’américaine Jumio propose une application sur téléphone portable permettant de scanner les informations d’une carte d’identité, extrayant les données et vérifiant leur authenticité. «Le but est de réduire le taux d’abandon lors de demande d’ouverture de comptes», a expliqué le fondateur du groupe basé à Palo Alto.

Des propositions qui ne devraient pas manquer de susciter de l’intérêt en Suisse, où ouvrir un compte nécessite toujours au moins une copie authentifiée de la carte d’identité. Une méthode dont les banques en ligne ont déjà souligné l’aspect archaïque et qui finit souvent, selon elles, par décourager le client. Car tout ce qui peut faciliter les processus est bienvenu. «Quand vous voulez acquérir un nouveau client, chaque seconde, chaque clic, chaque touche du clavier compte», a martelé Philip Copeland, directeur d’Avoka, une société américaine qui se targue de mettre à disposition le formulaire de prêt le plus rapide qui soit, en ne prenant pas plus de trois minutes.

La carte de crédit aux devises multiples

Qui n’a jamais été étonné, au moment de recevoir une facture de carte de crédit, des frais imposés pour les transactions à l’étranger dans d’autres devises? Pour y remédier, Dynamics Inc a mis au point une carte de crédit comprenant deux boutons physiques correspondant chacun à une devise – dans l’exemple, l’euro et la livre sterling – liée à un compte en deux devises. Ainsi, le détenteur de la carte peut choisir, suivant le lieu où il se trouve, la monnaie dans laquelle il veut payer avec le bouton qui correspond, et ainsi éviter des frais. Sentant son intérêt, MasterCard a même investi dans la société. Dont le patron n’était en outre pas peu fier de pouvoir plonger la carte dans un verre d’eau pour montrer sa résistance aux situations extrêmes.

Combien vaut mon entreprise?

La première raison pour laquelle des entrepreneurs visitent le site de BizEquity, c’est la curiosité, admet son fondateur, Michael Carter. Lancée en 2010 aux Etats-Unis, sa société permet de calculer la valeur d’une entreprise et de faire des projections en fonction des revenus à venir. Au-delà de la satisfaction de mettre un chiffre sur une entreprise, «cela sert également à certains responsables dans leurs demandes de prêt et dans leur planification successorale», ajoute-t-il. Le calcul peut aussi aider un entrepreneur cherchant à vendre sa société. Biz­Equity conclut des partenariats avec des banques, qui peuvent ­ensuite offrir leurs services aux entreprises. Depuis février, Biz­Equity s’est installée en Grande-Bretagne et s’apprête à développer des antennes en Allemagne, en Suisse et dans toute l’Europe.

Le trading social

C’est un mélange de Facebook et de Twitter qui s’adresse à un public bien précis: les investisseurs. Avec la nouvelle plateforme d’eToro, spécialiste du trading participatif, l’utilisateur peut s’inspirer de n’importe quel autre utilisateur de la plateforme pour investir. Toutes les transactions et les portefeuilles sont visibles, il est possible de suivre et de «copier» de façon assez simple, en choisissant le montant total, les choix d’un trader, sélectionné, par exemple, parmi tous ceux dont la performance a été supérieure à 20% ces six derniers mois, tout en mettant une limite aux pertes («stop loss») au cas où le trader ne s’avérerait pas si exceptionnel. Et il y a un intérêt à être copié: les meilleurs, les plus suivis, sont rémunérés. «L’avenir de l’investissement, c’est le copiage du trading», ont assuré Yoni et Ronen Assia, les deux cofondateurs de la société britannique. En ayant déjà levé 48 millions de dollars et en comptant 4 millions d’utilisateurs dans ses autres jeux ou plateformes, la start-up anglo-israélienne a déjà engrangé un certain succès. Elle lance ces jours une version améliorée de son site.

Noter les hackers

Moins omniprésente que certains observateurs ne l’attendaient, la sécurité est néanmoins restée un thème tout au long des présentations. Akamai a mis au point un logiciel permettant d’identifier les hackers qui se promènent sur le Net et risquent de menacer les banques. Le système de la société américaine donne des notes aux adresses IP qu’elle a identifiées, de 1 à 10 selon la dangerosité du visiteur, et les classe en fonction du type de menace qu’elles posent. Son arrivée déclenche ensuite une alarme pour les responsables du site internet et permet d’anticiper une cyberattaque. De même, l’anglaise Intelligent Environments a développé un capteur de hackers.

La finance est un jeu

Qui a dit que la finance était ennuyeuse? Certainement pas AdviceGames, qui veut en souligner le côté ludique pour le bien de tous, et surtout des banques. La société néerlandaise lance prochainement un nouveau «jeu», Risk­Game, pour «apprendre aux utilisateurs à dépenser et faire des budgets de manière plus sage». Les clients reçoivent un score de santé financière qui peut évoluer en fonction de leurs décisions et peuvent recevoir des points. A la fin, c’est le risque pour les banques qui diminue, insistent les fondateurs, spécialisés dans les conseils financiers par le jeu, car les utilisateurs deviennent plus prudents.