Ni les pressions politiques, ni les atermoiements des annonceurs n'ont eu de prise sur les résultats d'été d'Alphabet (Google), Amazon et Facebook, dont les revenus et bénéfices ont largement dépassé les attentes, même si Wall Street semblait espérer encore plus des géants des technologies.

Ces sociétés technologiques ont surfé sur la crise sanitaire, qui a rendu leurs services encore plus incontournables dans la vie quotidienne, mais elles rappellent à l'envi que la situation aurait été bien plus difficile sans leurs outils, en bonne partie gratuits pour le grand public.

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Les résultats de Google et Facebook salués sur les marchés

Amazon, par exemple, grand gagnant des mesures de confinement, a vu son chiffre d'affaires s'envoler de 37% à plus de 96 milliards de dollars (82 milliards d'euros) au troisième trimestre, mais son action reculait de 1% dans les échanges électroniques suivant la clôture de la Bourse de New York jeudi, car ses prévisions ont été jugées trop timides pour la saison des fêtes.

Google et Facebook, les deux leaders mondiaux de la publicité numérique, ont aussi explosé les compteurs. Le géant de la recherche sur internet a engrangé un chiffre d'affaires de 46,2 milliards de dollars (39,5 milliards d'euros), en hausse de 14% sur un an, pour un bénéfice net de 11,2 milliards (9,5 milliards). Des résultats salués par les marchés: son titre décollait de 6%.

Le réseau social dominant a, de son côté, dégagé 7,85 milliards (6,7 milliards d'euros) de bénéfice net, malgré un boycott de centaines de marques pendant l'été à cause des controverses autour de sa modération des contenus jugés problématiques. Et la famille d'utilisateurs de ses différentes plateformes et messageries (Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp) s'est encore agrandie. Au 30 septembre, plus de 3,2 milliards de personnes fréquentaient, au moins une fois par mois, l'une de ses quatre applications.

Déception pour Apple

Des quatre colosses de la tech, seul Apple a vraiment déçu. Les ventes de smartphones ont ralenti au quatrième trimestre de son exercice décalé, et son action reculait nettement dans la foulée, de plus de 4% vers 22h15 (heure en Suisse).

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L'iPhone, produit vedette de la marque à la pomme, n'a généré des ventes «que» de 26,4 milliards de dollars (22,6 milliards d'euros), en baisse de plus de 20% par rapport à la même période l'an dernier. Apple a, en outre, vu son chiffre d'affaires reculer de près de 30% en rythme annuel en Chine élargie (qui comprend Hongkong et Taïwan), l'un des marchés cruciaux pour l'entreprise.

Mais «les premières réactions à nos tout nouveaux produits, surtout notre gamme d'iPhone avec la 5G, sont incroyablement positives», a tenté de rassurer le patron Tim Cook, au sujet des iPhone 12 lancés en octobre.

Les sénateurs américains en colère contre les GAFA

Les quatre sociétés affrontent, en parallèle, des enjeux de taille. Toutes sont accusées par les autorités de la concurrence d'abus de position dominante sur leurs marchés respectifs, des réseaux sociaux aux plateformes de vente en ligne. Le ministère de la Justice et onze Etats américains viennent d'ailleurs de lancer des poursuites contre Google, et des enquêtes sont en cours contre ses voisins.

«Nous pensons que nos produits créent des bénéfices significatifs et nous allons le faire valoir (...) Mais l'essentiel de notre énergie reste concentrée sur nos utilisateurs et la fabrication de super produits», a sobrement commenté le patron d'Alphabet, Sundar Pichai, lors d'une conférence aux analystes.

Mercredi, les patrons des réseaux sociaux dominants, Facebook, Twitter et Google (YouTube) ont fait face à des sénateurs américains en colère contre le pouvoir des plateformes et leur influence dans le débat public, à quelques jours des élections aux Etats-Unis prévues le 3 novembre.

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Les coups ont plu sur les dirigeants californiens, accusés aussi bien de «censure» par la droite que de laxisme par la gauche, en termes de modération des contenus. Mais pour l'instant, la colère des élus et de nombreuses ONG ne s'est pas traduite en revers économiques, même pour Facebook, qui a pourtant subi en juillet un boycott de centaines de marques, comme Adidas, Levi's ou Coca-Cola, mobilisées par des ONG inquiètes face à la propagation d'incitations à la violence ou à la haine.