Technologie

Pourquoi les GAFA s’effondrent en bourse

L’action de Facebook a perdu plus de 40% de sa valeur depuis cet automne, Amazon 28%, Apple 24%. Un cocktail explosif de plusieurs raisons explique cette chute, dont la fin est encore impossible à prédire, malgré le rebond aperçu mercredi

Adulées hier, brûlées aujourd’hui. Depuis plusieurs jours, les actions des géants américains de la technologie chutent de manière continue à Wall Street. Un cocktail explosif de facteurs explique cette baisse qui touche toutes tout le secteur aux Etats-Unis, mais aussi, par effet de contagion, l'Europe et l'Asie. Malgré le rebond enregistré mercredi à l'ouverture de Wall Street, les maux semblent profonds.

Le titre Apple symbolise à lui seul cette déroute. Après avoir cédé 3,96% lundi, l'action a encore chuté de 4,78% mardi. Depuis ses plus hauts en octobre, elle s’est effondrée de 23,7%, effaçant ainsi 250 milliards de dollars de capitalisation boursière. La firme dirigée par Tim Cook a beau avoir affiché un bénéfice net en hausse de 32% à 14,2 milliards de dollars lors du dernier trimestre, elle n’échappe pas à l’effondrement des valeurs tech.

Depuis leurs récents plus hauts, Facebook a décroché de 39%, Amazon de 27%, Netflix de 26%, et Alphabet (maison mère de Google) de 20%. Le temps où Apple (1er août) et Amazon (4 septembre) passaient les 1000 milliards de valorisations semble bien loin. Explications.

• Pourquoi de telles chutes?

Un cocktail, mêlant des éléments globaux et des raisons très spécifiques, explique ce sentiment de défiance. La Réserve fédérale américaine, qui a augmenté ses taux trois fois cette année et prévoit de poursuivre sur cette voie, n’y est pas étrangère. «La baisse continue des taux d’intérêt américains entre 2006 et 2016 a poussé les investisseurs à se tourner vers les valeurs de croissance pour trouver de la performance. Les valeurs technologiques, par leur promesse de disruption, ont alors été largement plébiscitées, estime Jacques-Aurélien Marcireau, gérant du fonds Edmond de Rothschild Fund Big Data. L’abondance de liquidité issue des taux faibles a permis de financer cette croissance entraînant probablement l’auto-alimentation du phénomène. Tesla ou Netflix n’auraient probablement pas pu survivre sans la recherche à tout prix de croissance par les investisseurs.»

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Le spécialiste rappelle que «les niveaux de valorisation sont sensiblement élevés dans certains cas». En effet, depuis le début de l’année, Apple est encore en hausse de 4,58% et de 59% sur deux ans. Idem pour Amazon (+28% et +95%). Facebook est certes en recul de 25% depuis janvier, mais en hausse de 11% sur deux ans.

Ce n’est pas tout. Jacques-Aurélien Marcireau estime que des «vents contraires se lèvent, comme la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, les velléités de régulation et l’augmentation du coût du crédit».

• Dans quelle mesure cette guerre commerciale peut-elle affecter les géants de la tech?

Elle pénalise fortement le secteur des semi-conducteurs, estime le spécialiste d’Edmond de Rothschild. Et par effet domino, cela affecte toute l’industrie tech. «Les valeurs technologiques américaines peuvent également être affectées par ces tensions, au regard de leur présence en Chine et des incertitudes soulevées par ce conflit», poursuit Jacques-Aurélien Marcireau. Lundi, l’administration Trump décidait de réglementer plus durement ses exportations de technologies qualifiées de sensibles, notamment vers la Chine. Apple, Google, IBM ou encore Amazon ne pourraient plus exporter facilement des services de reconnaissance vocale ou des technologies liées aux voitures autonomes.

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Dans le cadre de ce conflit, Pékin n’aura aucun intérêt à assouplir ses règles envers Google, par exemple. La société, qui aimerait être à nouveau active dans le pays, devra se plier à des règles de censure strictes, ce qui suscite des protestations à l’interne. Et rappelons que Facebook est toujours banni en Chine.

• Ces géants de la tech ne semblent-ils pourtant pas chacun en situation monopolistique?

C’est le cas. Mais aucun de leur marché n’est extensible à l’infini. Dans un rapport récent, Pivotal Research Group notait que Facebook et Google étaient en train d’atteindre un point de saturation pour la publicité en ligne. Comme le soulignait Bloomberg, la croissance pour Amazon des ventes en ligne pour les particuliers a ralenti durant quatre trimestres consécutifs, tout comme celle pour les abonnés au service Prime. Les investisseurs s’inquiètent aussi qu’Apple ne communique plus, dès 2019, le nombre d’iPhone qu’il vendra. Quant à Facebook, il subit des pertes d’utilisateurs sur le marché européen et une stagnation du nombre de ses membres en Amérique du Nord.

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Certaines entreprises de la tech résistent mieux que d’autres. Microsoft, ainsi, n’a perdu «que» 11% de sa valeur depuis début octobre, les investisseurs appréciant que ses revenus, de plus en plus liés à des abonnements, soient réguliers. Ce groupe, un temps la cible unique des régulateurs, est aujourd’hui l’un des seuls à ne pas être menacés par les autorités européennes ou américaines.

• Quand cette baisse cessera-t-elle?

Elle va sans doute se poursuivre, prévoit Jacques-Aurélien Marcireau. «Plusieurs facteurs vont continuer à peser: la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, les remous sur les cryptomonnaies, le ralentissement du marché des smartphones, le risque de régulation ou encore un cycle d’innovations technologiques moins rapide que prévu.»

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