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Photo d'illustration: utilisateur américain d'un smartphone. 
© Jae C. Hong / AP

technologie

Les GAFA, ces voleurs de temps

Google, Facebook ou Apple organisent sciemment et depuis des années l’addiction des internautes à leurs produits

Facebook, Twitter ou Netflix ont développé des techniques perfectionnées pour rendre l’utilisateur captif, le récompenser à intervalles réguliers et susciter un manque lorsqu’on n’utilise pas leurs services. Nous explorons cette nouvelle dépendance dans une série d'articles.

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C’est à la fin des années 1990 que la Suisse découvrit «l’Internet». Les cybercafés, les universités et les foyers les plus technophiles du pays bruissaient du crépitement strident et reconnaissable entre tous du modem 56k, notre «box» d’alors. Une fois le dernier bip émis, une immense fenêtre sur le monde s’ouvrait sur notre écran et nous passions des journées entières à vagabonder – à pas très lent – dans le cyberespace, de lien hypertexte en lien hypertexte, avec notre curiosité comme unique boussole. Nous étions alors des internautes libres et consentants.

Vingt ans plus tard, l’écosystème s’est transformé de manière radicale. Ce Web autrefois «vagabond» est devenu la chasse gardée des marchands d’attention – et de publicité – que sont Facebook, Google ou Apple. Et ces plateformes, qui monopolisent désormais la majorité du trafic mondial, ont réussi à nous asservir, en nous rendant accros à leurs «like» ou à leurs notifications.

L'addiction est organisée

Ce propos vous semble caricatural et anxiogène? L’auteur de ce texte aurait affirmé la même chose il y a une année. Mais le mea-culpa récent de plusieurs ingénieurs stars de la Silicon Valley a mis en lumière la manière – effarante – dont les GAFA organisent méthodiquement la captation de notre attention, au travers du design de leurs applications. Ces «like» ou ces notifications, si ludiques soient-ils, sont conçus pour nous enchaîner le plus possible à nos téléphones portables.

Ces mécanismes d’addiction – les mots ont un sens – puisent leur efficacité dans la recherche en sciences comportementales pour exploiter nos propres failles cognitives – notre besoin de reconnaissance par exemple: un «like» devient alors un petit shot. Il suffit d’observer sa propre pratique pour s’en convaincre: nous touchons notre téléphone 2600 fois par jour.

La réponse sera politique

Que faire alors? Il serait tentant de penser cette servitude comme une maladie de notre époque: nous serions trop faibles de caractère pour nous sevrer de nos doudous numériques. Mais ce serait une erreur: ce sujet est politique et ne se réglera pas à grands coups de détox numérique.

En reportant la responsabilité unique sur l’utilisateur, les géants de la tech s’affranchissent de leurs responsabilités. Or, demanderait-on à un fumeur d’arrêter sans se préoccuper de la vente de nicotine? Le politique doit empoigner ce sujet complexe, puisque l’autorégulation des GAFA (acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon) par les GAFA est un leurre. Il n’y a pas de fatalisme: il a fallu du temps à la puissance publique pour encadrer l’utilisation des données, mais un cadre juridique, même imparfait, est désormais en place dans la plupart des pays. Pourquoi ne pas appliquer les mêmes recettes au design de l’addiction? Si nos téléphones nous rendent accros à l’instar des machines à sous ou de certains médicaments, le secteur ne devrait-il pas être encadré avec la même rigueur que les casinos ou la pharma?


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