Entre-temps...

GAFAM contre start-ups: qui est quoi?

Les dynamiques multinationales de la révolution technologique enjambent et brouillent les secteurs d’activités traditionnels. Parfois au risque de restreindre la créativité des jeunes pousses

C’est la question existentielle que se pose toute personne physique, c’est-à-dire nous, mais aussi plus que jamais toute personne morale, c’est-à-dire les entreprises. Dans la révolution technologique qui change tout, qui sommes-nous, dans quel secteur de l’économie opérons-nous? Avant, tout était simple: IBM faisait des ordinateurs et Ford des voitures. Mais aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de classer une entreprise dans tel ou tel secteur de l’économie.

Amazon est bien sûr le géant du commerce électronique grand public. Mais elle est aussi devenue en quelques années le leader mondial du cloud computing (l’informatique en nuage), plus grande que Microsoft ou HP. Google continue à dominer les moteurs de recherche, mais elle est active dans tellement d’autres domaines qu’elle a dû regrouper ses activités sous un autre nom: Alphabet. Tesla fait certes des voitures électriques, mais elle est également un pionnier de l’énergie solaire et peut-être des voyages dans l’espace. Apple fait des ordinateurs, des téléphones et des tablettes. Mais elle est en passe de devenir le plus grand producteur mondial de… montres, connectées bien sûr.

Législations en retard

Et toutes évidemment sont dans l’intelligence artificielle et la finance. C’est un signe de dynamisme entrepreneurial incontestable, mais cela pose quand même quelques problèmes.

Les législations sont à la traîne, car elles ne savent pas définir ces entreprises. Est-ce qu’Uber est une société de taxis ou pas? Google et Facebook sont des plateformes considérables pour véhiculer de l’information et de la publicité. Pourtant, elles se refusent catégoriquement à se considérer comme des entreprises de médias. Si elles le faisaient, elles tomberaient sous la loi américaine des médias qui, elle, est très restrictive. A l’inverse, les entreprises de médias se diversifient dans les plateformes électroniques pour la recherche d’emploi, de logement, l’achat de voiture ou la billetterie.

Le problème est que ces nouvelles stars de l’économie ne sont plus les start-up de jadis. Apple, Alphabet, Microsoft, Amazon et Facebook ont ensemble une capitalisation boursière de 2900 milliards de dollars et génèrent annuellement plus de 100 milliards de dollars de profits (dont la majorité reste en dehors des Etats-Unis). Elles ont 550 milliards de dollars de liquidités. Que faire de tout cet argent? Comme les lois antitrust les empêchent d’acheter d’autres grandes entreprises, elles raflent les stars émergentes: Facebook avec WhatsApp, Microsoft avec Skype ou Google avec DoubleClick.

Start-up étouffées

Cette stratégie d’acquisition tous azimuts ne se limite plus aux seules entreprises américaines. SoftBank au Japon vient de créer un fonds de private equity de 93 milliards de dollars. Alibaba, qui a 450 millions d’utilisateurs, soit 50% de plus qu’Amazon, dispose d’un fonds de gestion de ses avoirs de 165 milliards de dollars. A cela il faut ajouter Baidu et Tencent, qui sont en train de rattraper les leaders.

Les Etats et leurs législations sont dépassés par rapport à ces géants qui se métamorphosent et se recombinent sans cesse. Ces entreprises ont atteint une telle puissance financière, une telle maîtrise des technologies modernes et des données de millions d’utilisateurs qu’elles risquent d’étouffer les jeunes start-up. Comme elles sont hybrides et multimarchés, les règles antitrust ne peuvent plus se concentrer sur les entraves à la concurrence dans un marché de base qui, en fait, existe de moins en moins. Comme elles sont globales, elles peuvent contourner les lois.

Nous assistons peut-être à l’émergence du premier oligopole mondial de la technologie achetant et phagocytant toute innovation locale. Pas sûr que cela soit très bon pour tout le monde…


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