Les gagnants des mutations bancaires

Informatique Les banques délèguent toujours plus leurs activités de back-office à des sociétés IT tierces

Avaloq, B-Sourceou Finnova profitent de la numérisation

L’année 2014 est celle des grandes manœuvres dans l’informatique bancaire. Face aux coûts croissants liés à la réglementation et afin de s’adapter aux nouvelles habitudes de la clientèle en matière d’applications mobiles, les banques externalisent toujours plus souvent une partie de leurs activités informatiques. Les budgets augmentent. Selon un sondage du genevois Temenos effectué auprès de 198 établissements, les budgets des banques consacrés à l’informatique augmenteront l’an prochain: 67% des sondés prévoient une hausse, alors que seuls 11% prévoient une baisse.

La banque Syz & Co vient de franchir un pas important en matière d’externalisation de ses opérations de back-office. L’établissement genevois, qui gère 35 milliards de francs d’actifs, a annoncé mardi avoir signé un contrat d’externalisation de son informatique bancaire («business process outsourcing», ou BPO) avec la société tessinoise B-Source, le tout basé sur le logiciel Avaloq Banking Suite.

Fin septembre, B-Source a aussi annoncé avoir terminé la migration des opérations de la banque Valartis, reprise par la Banque Cramer & Cie à la mi-mai. Fin 2013, l’institut genevois avait déjà repris la société lausannoise Banque de dépôts et de gestion (BDG). Pour Markus Gröninger, le directeur de B-Source, l’intégration rapide des deux banques au sein du nouvel institut propriétaire démontre que l’externalisation des services informatiques avec des solutions BPO «maximise la flexibilité stratégique et permet plus de souplesse dans les opérations de fusions et acquisitions».

«La Banque Cramer & Cie a réussi à racheter deux établissements et à les intégrer en neuf mois. Sans l’apport de nos solutions, une telle rapidité n’aurait pas été possible», a-t-il déclaré au Temps. «Avec des marges sous pression et des coûts réglementaires en hausse, beaucoup de banques ont intérêt à se concentrer sur leur véritable cœur de métier. Attendre n’est pas la bonne solution», prévient-il. Selon lui, «ce sont les petites banques qui doivent envisager de telles externalisations si elles veulent accroître leurs économies d’échelle».

Outre les acteurs spécialisés, plusieurs banques proposent aussi leurs services à des tiers. La filiale suisse de Crédit Agricole (CA-PBS) compte parmi les leaders de la sous-traitance de services informatiques bancaires, avec 25 banques clientes qui gèrent 115 milliards d’actifs. Lombard Odier met aussi sa plateforme technologique à la disposition de tiers (LT du 17.03.2014).

L’entrée en lice de Raiffeisen risque aussi de modifier les rapports de force dans le secteur. En juin, la troisième banque helvétique et Avaloq ont annoncé la création d’une entreprise commune pour développer et exploiter la plate-forme de banque de détail de Raiffeisen. Dès 2017, le traitement des opérations sur titres sera assuré par un nouveau logiciel bancaire d’Avaloq. Lors d’un récent entretien avec Le Temps, Pierin Vincenz, le directeur de Raiffeisen, a souligné que ce projet «captivant» avançait rapidement. Selon lui, la coentreprise aura deux atouts spécifiques sur le marché des solutions bancaires.

«La nouvelle plateforme devra d’abord être appliquée aux 300 banques que compte Raiffeisen à travers le pays. L’expérience acquise pourra être mise au profit d’autres établissements», estime-t-il. De plus, «la coentreprise de Raiffeisen et d’Avaloq sera spécialisée dans les solutions pour la banque de détail, souvent plus complexes que celles utilisées dans la gestion de fortune», argumente-t-il.

Christoph Erb, responsable de la relation avec les clients chez Finnova, distingue entre deux catégories de facteurs qui soutiennent la demande. D’un côté, l’évolution commerciale comme l’essor des applications mobiles, de l’informatique en nuage, des réseaux sociaux ou l’analyse de données en grandes quantités (Big Data). De l’autre, les défis liés à la réglementation – devenue un objet d’investissement en soi, relève Christoph Erb – ainsi que la transformation des activités de back-office.

«Le processus d’industrialisation commence maintenant. Les banques vont se concentrer toujours plus sur leurs compétences de base», prévoit le responsable de la société argovienne, qui emploie quelque 350 collaborateurs et compte une centaine de banques clientes en Suisse. Abondant dans le même sens, Eric Syz, le directeur de la banque Syz & Co, a jugé mardi que l’externalisation des opérations de back-office permettra à la banque de se concentrer sur ce qu’elle «fait le mieux, à savoir la gestion d’actifs et le service à la clientèle».

A la fin de ce processus, y aura-t-il aussi une concentration parmi les sociétés informatiques elles-mêmes? Christoph Erb souhaite qu’il y ait toujours deux catégories d’acteurs: d’un côté, les sociétés qui se chargent des processus bancaires – comme Swisscom ou B-Source. De l’autre, les éditeurs de logiciels comme Finnova ou Avaloq. «C’est un peu comme avec Word. Il y a ceux qui conçoivent le logiciel et ceux qui l’installent ensuite dans les entreprises», cite-t-il.

«Il faut que les clients puissent rester libres de choisir les sociétés de support et les éditeurs de logiciels», insiste-t-il. Reste à savoir s’il y aura de la place pour tout le monde lorsque la vague actuelle d’investissements sera passée.

L’entrée en lice de Raiffeisen pourrait aussi modifier les rapports de force dans le secteur