Chine - États-Unis

Les gagnants et les perdants de la guerre commerciale

De nouveaux fournisseurs ont pris le relais des exportateurs américains et chinois sur les deux marchés en conflit. Pour la Cnuced, les tarifs douaniers ne donnent pas nécessairement une impulsion à la production nationale

Comme tous les conflits, la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, qui a débuté il y a bientôt une année, fait son lot de gagnants et de perdants. «Les pays qui en bénéficient le plus sont ceux qui sont les plus compétitifs et qui ont la capacité de remplacer les produits chinois sur le marché américain. Et vice versa», affirme d’emblée Pamela Coke-Hamilton, directrice de la division «Commerce» à la Conférence de l’ONU pour le commerce et le développement (Cnuced).

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Dans un rapport publié lundi, l’organisation onusienne affirme que le commerce bilatéral entre les deux pays diminue, mais qu’il est remplacé par des exportations en provenance d’autres pays. Moralité: les droits de douane ne sont pas efficaces pour encourager la production nationale, comme l’a prétendu le président américain Donald Trump. En revanche, ils peuvent avoir les effets néfastes sur un pays pris pour cible. En l’occurrence, l’économie chinoise s’est ralentie dans le sillage des tensions avec les Etats-Unis.

Le Brésil, désormais premier fournisseur de soja

Le soja est un produit emblématique des tensions sino-américaines. En 2017, les Etats-Unis en avaient exporté pour près de 16 milliards de dollars en Chine, un débouché précieux pour les agriculteurs du Midwest. Mais l’an dernier, la surtaxe de 10% imposée par Pékin a renchéri le produit américain, ce qui a poussé les importateurs chinois à se tourner vers le Brésil. Résultat, ce dernier est devenu leur première source d’approvisionnement.

Cet avantage pourrait toutefois s’avérer éphémère, met en garde la Cnuced. Pour cause, l’issue et la durée de la guerre commerciale étant incertaines, les producteurs brésiliens n’investissent pas pour augmenter la production. Le prix actuel du soja n’est pas le résultat de l’offre et de la demande, mais il est alimenté par une demande chinoise momentanément en hausse.

L’UE, la plus grande gagnante

Globalement, c’est l’Union européenne (UE) qui est la plus grande gagnante. Ses entreprises ont le potentiel pour remplacer une bonne partie des exportations chinoises et américaines. Le Japon, le Mexique et le Canada, la Corée du Sud, l’Inde, l’Australie, Singapour, l’Indonésie sont également en bonne position pour tirer profit. Selon la Cnuced, la redistribution de ces deux marchés géants a de quoi renforcer la compétitivité des entreprises de ces pays.

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Dans le détail, les surtaxes américaines sur les produits chinois touchent des machines-outils, des équipements électriques, du matériel de bureau, des équipements de communications, des métaux, de l’automobile. Pour leur part, les surtaxes chinoises frappent les produits chimiques, les produits agricoles, des pièces d’automobile, des équipements de précision.

Modification des chaînes de valeur

La guerre commerciale modifie également l’organisation des chaînes de valeur dans lesquelles les entreprises des deux pays sont impliquées. «Les tensions peuvent donner lieu à quelques relocalisations aux Etats-Unis, note la Cnuced. Mais le Mexique est particulièrement bien placé pour accueillir des usines basées jusque-là en Chine.» Dans une moindre mesure, le renchérissement des produits chinois pourrait favoriser des fournisseurs d’Asie et d’Amérique du Sud. La Cnuced met de nouveau le doigt sur la difficulté des entreprises à prendre des décisions de relocalisation du fait des incertitudes sur la durée des tensions sino-américaines.

Sur un tout autre registre, mais qui a un lien direct avec la guerre commerciale, la monnaie chinoise n’a pas cessé de se déprécier au fil des mois. «Un renminbi plus faible a renforcé la compétitivité des exportations chinoises, par rapport non seulement aux entreprises américaines, mais également aux autres concurrents internationaux», affirme la Cnuced. L’organisation onusienne ajoute que les monnaies de tous les grands pays émergents ont connu le même sort que le renminbi alors que le dollar, lui, poursuit son ascension au grand dam des exportateurs américains. En effet, malgré les droits de douane contre des produits chinois, en novembre 2018, le déficit commercial américain avait atteint son plus haut niveau depuis dix ans.

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