Comment gagner plus d’un milliard de francs sur les médicaments

Les caisses maladie attaquent de front l’industrie pharmaceutique

Plus de 1 milliard de francs sur une facture de 5,7 milliards: c’est l’économie sur la facture des médicaments parfaitement possible selon Santésuisse, l’organe représentant les assureurs maladie.

Verena Nold, directrice de Santésuisse, a avancé ce chiffre ce matin à l’occasion de la publication de statistiques sur les prix comparés des médicaments avec un panier de six pays européens. Le rythme de révision de prix par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), mais aussi l’adaptation trop lente et trop généreuse des taux de change sont en cause.

La décision de la BNS de lever le taux plancher face à l’euro le 15 janvier a mis en lumière un dysfonctionnement du système de calcul des prix selon Verena Nold. Le taux de change pratiqué est de 1,29 franc pour 1 euro alors qu’il se situe autour de 1,05.

En supprimant cette marge de tolérance en faveur de l’industrie pharmaceutique, 450 millions de francs seraient économisés. 270 millions supplémentaires seraient épargnés si le rythme d’adaptation des prix ne se faisait pas sur une base trisannuelle, mais annuelle.

Enfin, il s’agit selon Santésuisse de réduire l’important écart de prix (47%) entre la Suisse et l’étranger pour les médicaments génériques qui ne sont plus protégés par un brevet. Dans ce cas, sur la base d’un modèle de remboursement fixe de la substance active et non du prix fixé par le fabricant, l’économie varierait entre 388 et 808 millions de francs. Au total, plus de 1 milliard de francs seraient donc épargnés dans le système de santé, ce qui correspond, selon les calculs de Santésuisse, à une réduction des primes de 125 francs par an par assuré.

Cette approche est violemment combattue par les représentants de l’industrie pharmaceutique. «Il ne faut pas réagir de manière précipitée à la suppression du taux plancher par la BNS», plaide Thomas Cueni, secrétaire général d’Interpharma. Il constate que les prix en Suisse sont inférieurs à ceux pratiqués en Allemagne, et qu’il faut dès lors davantage tenir compte des bénéfices thérapeutiques que des taux de change lors de la fixation comparative des prix par l’OFSP.

Quant à Thomas Binder, directeur de l’Association des entreprises pharmaceutiques étrangères présentes en Suisse, il affirme qu’il est «inacceptable, en Suisse, d’exiger des prix européens avec une structure des coûts majoritairement suisse». Il estime qu’entre 50 et 90% des coûts des entreprises pharmaceutiques travaillant en Suisse sont en francs suisses.