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Quel est le gain d’un report du départ à la retraite?

Un ajournement de la retraite accroît sensiblement le niveau ultérieur de la rente. La hausse est très forte si le départ est repoussé de cinq ans. Mais il faut prendre garde à d’innombrables facteurs

Le projet de réforme Prévoyance vieillesse 2020 fait l’objet de débats enflammés. Mais est-ce que les salariés ont intérêt à prolonger leur activité lucrative au-delà de l’âge légal?

Le report de la retraite est fréquent en Suisse. Selon les statistiques sur la population active (ESPA), en 2015, l’âge moyen estimé à la sortie du marché du travail chez les personnes de 58 à 75 ans est de 65,5 ans (66 ans pour les hommes et 64,8 ans pour les femmes). Il était de 64,7 ans en 2005.

Participation de 18,1% pour les 65 à 74 ans

Le taux d’activité des personnes de 65 à 74 ans s’est même accru de 3,4 points de pour-cent par rapport à 2010 pour se monter à 18,1% en 2015. Celui des personnes de 55 à 64 ans est en hausse de pas moins de 5,3 points de pour-cent par rapport à 2010 et se monte à 75,8%. Cette tendance s’explique, selon Avenir Suisse, par l’amélioration de la santé de la population, par les mesures de prévention au travail et la signification croissante des activités de services.

La loi permet de reporter de cinq ans au maximum la perception de la rente AVS. Le départ à la retraite à 70 ans pour les hommes ou 69 ans pour les femmes se traduit par une rente supérieure de 31,5%, selon un tableau de l’AVS.

Ajourner d’un an la perception de la rente AVS accroît déjà de 5,2%, à vie, le niveau de celle-ci. Cela exige toutefois que le salarié annonce ce report à la caisse de compensation au plus tard un an après l’âge ordinaire de la retraite.

Relèvement du taux de conversion

La loi autorise également, si l’institut de prévoyance le permet, de reporter de cinq ans au maximum la perception de la rente du 2e pilier, de continuer de cotiser et même de procéder à des rachats auprès de sa caisse de pension.

«L’assuré peut ainsi accroître son avoir de vieillesse, profiter des intérêts supplémentaires et améliorer le taux de conversion. En effet, le taux de conversion s’accroît souvent de 0,15 à 0,2% par année supplémentaire», révèle Roland Bron, directeur de VZ VermögensZentrum en Suisse romande.

Par exemple, si le taux de conversion à 65 ans est de 6%, le report d’un an fait passer ce taux à 6,15% ou même 6,20%. Pour un avoir de vieillesse de 500 000 francs et un taux de 6% à 65 ans, la rente est de 30 000 francs. Un report d’un an, donc à 66 ans, peut faire augmenter l’avoir de vieillesse à 520 000 francs par exemple et le taux de conversion à 6,2% si bien que la rente grimpe à 32 240 francs par an.

Attention à la fiscalité

«En cas de report d’un an, la rente progresse de 6 et 8%, en fonction des conditions de la caisse de pension», selon Roland Bron. A noter également que même après l’âge légal de la retraite, l’employeur continue de cotiser pour le salarié.

L’assuré doit toutefois prendre garde à l’aspect fiscal. Si des rentes s’ajoutent au salaire perçu après 65 ans, l’impôt sur le revenu peut réserver de désagréables surprises.

«Pour un indépendant, les réflexions sont identiques au cas précédent, s’il a un 2e pilier. Et s’il n’en a pas, il a la possibilité de continuer à augmenter sa prévoyance individuelle (3e pilier)», précise l’expert de VZ. «Ce sont souvent les indépendants, à l’image des médecins, qui désirent travailler au-delà de 65 ans», observe d’ailleurs Roland Bron.

En cas de départ en préretraite, la rente AVS est diminuée de 6,8% par année d’anticipation et la rente de la caisse de pension est réduite de 5 à 7% par an, selon les expériences de VZ. Il s’agit d’une réduction conséquente et à vie. Pour cette raison, il est conseillé de bien vérifier si une retraite anticipée est possible d’un point de vue financier.

Le risque d’une perte d’emploi

Si une perte d’emploi survient peu avant la retraite, l’avoir de vieillesse peut être confié à une fondation de libre passage ou à l’institution supplétive LPP, une fondation mandatée par la Confédération pour servir de filet de sécurité. «A l’inverse des fondations de libre passage, qui souvent ne versent l’avoir épargné que sous forme de capital, la caisse supplétive propose de transformer l’avoir de vieillesse obligatoire en rente», explique Roland Bron.

L’assuré peut ainsi profiter du taux de conversion LPP, qui s’élève actuellement à 6,8%, tandis que le taux de conversion appliqué par les fondations de libre passage est souvent compris entre 4,5 et 5,5%, selon Roland Bron. Autre possibilité, l’assuré ayant son avoir auprès d’une fondation de libre passage peut débloquer son avoir de libre passage et acheter une rente viagère auprès d’un assureur. Mais dans ce cas, le taux appliqué est compris entre 4 et 4,5%.

Le départ à la retraite peut aussi être progressif, si l’employeur l’accepte. «Nous observons de plus en plus le scénario de retraite partielle, avec une réduction de 100 à 70% pendant cinq ans avec une retraite complète à 70 ans par exemple», constate Roland Bron. Les avantages ne sont pas seulement financiers, par rapport au départ à 65 ans, mais se comptent en termes de qualité de vie et de fiscalité (versements du capital échelonnés). En plus, l’employeur peut encore bénéficier de l’expérience de son employé.


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