Horlogerie

La galaxie des sous-traitants est en pleine consolidation

Sous pression, les fournisseurs de composants horlogers doivent diversifier leurs activités ou passer le témoin. Au salon EPHJ à Genève, les sous-traitants évoquent «une économie de survie»

Dans un secteur horloger en difficulté, ils sont souvent les premiers à payer les pots cassés. Les sous-traitants tenaient vitrine de mardi à vendredi à Genève, en compagnie de leurs homologues des secteurs des microtechnologies et du medtech (technologies médicales). Fait notable: pour la deuxième année consécutive, l’exposition a attiré plus de 20’000 visiteurs. Environ 280 exposants liés à l’horlogerie étaient présents au Salon EPHJ-EPMT-SMT à Palexpo, l’exposition représentant la meilleure cartographie du secteur - ils seraient entre 400 et 650 dans le pays, selon les différentes estimations.

D’ordinaire discrets, la plupart des sous-traitants finissent par reconnaître traverser des difficultés. Une fois l’anonymat garanti, les langues se délient un peu plus. «C’est un mauvais moment à passer. Nous sommes dans une économie de survie, concède le patron d’un fournisseur de composants comptant cinq employés. On s’en sort en réduisant au maximum nos coûts. Il ne reste plus grand-chose à gagner sur les marges.»

Les commandes baissent plus que les ventes horlogères

Et les perspectives ne sont pas bonnes. Sur les quatre premiers mois de l’année, les exportations horlogères ont chuté de 9,5%, par rapport à la même période en 2015. A Hongkong – principal débouché pour les montres suisses – le recul annuel atteint 28,2% et – 15,8% pour la Chine, selon les derniers chiffres de la Fédération de l’industrie horlogère suisse.

Plus préoccupant: les sous-traitants sont «probablement victimes d’un effet coup de fouet», selon Emilie Gachet, analyste de Credit Suisse, spécialisée dans l’industrie horlogère. «C’est un secteur très prudent. Une baisse des ventes chez les détaillants pourra être répercutée plus fortement sur les commandes passées aux sous-traitants.»

Quatre concurrents rachetés en trois mois

En conséquence, à chaque crise, des sous-traitants doivent fermer boutique. Ou se faire avaler pas des plus gros. Parmi ces derniers, Acrotec. Basée à Develier (JU), l’entreprise a acheté pas moins de 4 sous-traitants depuis mars. L’ensemble du groupe, qui produit des composants et des outillages pour les horlogers, compte 600 collaborateurs et a triplé son activité depuis 2009. «Des entreprises artisanales disposant de décennies de savoir-faire mais n’ayant aucune chance de résister sans une automatisation complète viennent nous parler», a expliqué son président François Billig à la Tribune de Genève.

Une dynamique confirmée par le fabricant de composants AJS-Production à Porrentruy. «On nous a proposé à plusieurs reprises de racheter d’autres sous-traitants, explique son directeur Anthony Saunier. Certains traversent une très mauvaise passe. Ces approches ne se font jamais de manière directe mais par des banquiers spécialisés dans les acquisitions.» Une proposition déclinée par la société qui a préféré se concentrer sur son marché-cible.

Diversifier pour résister aux crises

Une stratégie que ne partagent pas tous les sous-traitants. Beaucoup disent avoir déjà entrepris des démarches pour diversifier leurs activités afin de diminuer leur vulnérabilité à la capricieuse conjoncture horlogère.

Du côté de l’atelier de polissage Politrempe, on avoue y réfléchir depuis un moment. Le medtech représente déjà une petite partie des activités de l’entreprise de Courrendin (JU). «On peut imaginer d’investir des secteurs comme la bijouterie, la connectique (les techniques de liaisons électriques et de transmissions de données ndlr.) ou même l’automobile, évoque sa responsable commerciale Tiziana Farine. En fait, en tant que sous-traitant de sous-traitant, nous suivons déjà la tendance naturelle de nos clients.»

Le franc fort renforce déjà la Suissitude

Autre perspective réjouissante pour ces entreprises: l’entrée en vigueur des nouvelles normes «Swiss made» le 1er janvier 2017 pourrait forcer les marques horlogères à se tourner davantage vers les sous-traitants suisses. La disposition, qui n’attribuera le label suisse qu’aux montres dont 60% du coût de revient est d’origine helvétique, se réjouit déjà cette chaux-de-fonnière, directrice d’une entreprise spécialisée dans la fabrication d’éléments d’habillage horloger. «En 25 ans, on en a connu des crises. Nos clients ont aussi changé. Aujourd’hui, nous sommes placés en concurrence avec les Chinois pour la production de certaines pièces.»

Emilie Gachet, de Credit Suisse, reste plus nuancée quand aux possibilités des sous-traitants de tirer avantage du «Swiss made» renforcé. Selon elle, les effets de change auront déjà compensé une partie de la différence. Concrètement, le franc fort a déjà renforcé la valeur des composants suisses vis-à-vis des pièces étrangères: «Dans ces conditions, le seuil de 60% pourrait déjà être atteint sur certaines montres. En revanche, les fabricants de montres bas de gamme pourraient, eux, être contraints de réévaluer leurs prix.»

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