C'est un lapin que l'on a déjà essayé de sortir du chapeau à plusieurs reprises: à l'approche des grandes migrations de l'été, il s'agirait de faire soudainement chuter le prix de l'essence pour que les vacanciers puissent remplir leur réservoir le cœur léger. La proposition est venue du candidat républicain John McCain, aussitôt reprise par la prétendante démocrate Hillary Clinton. Tous deux prônent ainsi «des vacances d'impôts»: la suppression temporaire des 18,4 cents de taxes fédérales qui frappent le gallon d'essence.

Les Etats-Unis sont en pleine année électorale. Et le prix du gallon (autour de 3,60 dollars en moyenne actuellement, ce qui reste moitié moins cher qu'en Europe) n'a jamais été aussi élevé. Une conjonction suffisante pour que la question se transforme en un des thèmes centraux de la campagne. La mesure proposée par les deux candidats soulève pourtant le scepticisme général des analystes. Alors que la demande est au plus haut durant l'été, cette baisse n'aurait pratiquement aucune répercussion sur le prix à la pompe. Elle coûterait en revanche 9 milliards de dollars au Trésor américain et ne ferait qu'accroître encore les marges des grandes compagnies pétrolières. Bien plus, notent les critiques: en visant à poursuivre la politique d'une essence bon marché, cette proposition détournerait les consommateurs des véhicules plus respectueux de l'environnement et freinerait le développement des recherches dans ce domaine.

Résistant aux sirènes électorales, Barack Obama est le seul candidat à s'être opposé à cette mesure. «C'est typique de la manière dont fonctionne Washington, note-t-il dans une publicité politique. Tout le monde est concerné par le prix de l'essence. Mais on cherche une solution à court terme pour dire que l'on a fait quelque chose, alors qu'en réalité on n'arrange rien.»

Une position difficile à tenir

A quelques jours des élections en Indiana et en Caroline du Nord, cette position est cependant difficile à tenir pour le candidat. L'essence bon marché est un point cardinal aux Etats-Unis dont les habitants restent les plus gros consommateurs d'énergie au monde après les Canadiens. «Il y a des gens qui doivent choisir aujourd'hui entre aller en voiture au travail ou nourrir leurs enfants», insistait l'ancien président Bill Clinton en donnant un tour plus populiste encore aux mesures prônées par sa femme.

Au demeurant, les candidats à la présidence ne sont pas les seuls à sentir monter la grogne des Américains. Il y a quelques semaines, George Bush avait été pris en flagrant délit d'insouciance en se montrant incapable de donner le prix du gallon d'essence. Cette semaine, il est revenu à la charge, accusant le Congrès d'être en partie responsable de la hausse des prix. Le président américain entend notamment lancer l'exploitation de gisements pétroliers en Alaska, une idée rejetée jusqu'ici par les parlementaires pour des questions liées au respect de l'environnement. «S'il y avait une solution magique, nous l'aurions déjà envisagée», expliquait le président. Au même moment, les grandes compagnies pétrolières annonçaient toutes des résultats record. Dernière en date: Exxon Mobil, dont le revenu s'est accru de 17% au cours du dernier trimestre, le second meilleur résultat trimestriel de son histoire. Un résultat qui, vu le prix à la pompe, a cependant été jugé «décevant» par les analystes.