Tourisme

Game of Thrones prend d’assaut les villes médiévales européennes

En Espagne, la série la plus regardée de tous les temps promet de laisser une belle cagnotte. Dans le «huitième royaume» de Westeros, les victoires se comptent en nuitées et en produits dérivés

A la diffusion de la sixième saison de Game of Thrones, Gérone n'en a pas perdu une miette. Dans cette petite ville du nord-est de la Catalogne, le théâtre municipal avait été aménagé pour accueillir un peu plus d’un millier de personnes lors de la projection des premiers épisodes de la série de la chaîne privée américaine HBO.

C’est en effet à Gérone – Girona en version originale – que ses réalisateurs ont choisi de recréer une partie du monde de Westeros: le marché de Braavos et la cathédrale de Port-Réal. Clou du spectacle: dans le sixième épisode de la saison, on voit Jaime Lannister, monté sur un cheval blanc, gravissant les emblématiques marches menant à la cathédrale de Gérone pour y sauver la reine Margaery. Une seule scène qui vaut plus que mille campagnes de promotion touristique.

Le «set-jetting»: une nouvelle façon de voyager

Du côté de la mairie, on a bien conscience que le destin de la cité médiévale catalane (97 000 habitants) est désormais lié à celui de la série la plus regardée de tous les temps. Carles Ribes, en charge de la culture à Gérone, attendait ces images – qui apparaissent dans le trailer officiel de la saison VI – depuis des semaines. «Comme citoyen, je ressens une énorme fierté de voir ma ville dans une série regardée par des millions de personnes [audience moyenne de 19,1 millions de personnes par épisode de la saison 5 aux Etats-Unis, ndlr]. En tant qu’administrateur, je me réjouis d’accueillir un nouveau public. Nous sommes désormais situés sur la carte du monde.»

La ville de Gérone – souvent oubliée par les touristes qui lui préfèrent la très balnéaire Costa Brava – espère bénéficier d’un «effet de pèlerinage» des fans de la série cherchant à visiter ses lieux de tournage. L’exploitation de ce «tourisme de l’imaginaire» à Gérone a même donné lieu à une récente étude des chercheurs Pere Parramon et Francesc Xavier Medina qui rappellent que le tournage du Seigneur des anneaux en Nouvelle-Zélande avait permis d’enregistrer une hausse de 10% des visiteurs britanniques. Le phénomène a un nom: «set-jetting» («set» signifiant décors). En 2012 déjà, 40 millions de personnes ont choisi leur lieu de vacances parce qu’elles l’avaient vu dans un film, selon une étude du centre de recherche Tourism Competitive Intelligence.

A Dubrovnik, ville croate choisie depuis la saison II pour y tourner les scènes de Port-Réal, la diffusion de Game of Thrones laisserait chaque année quelque 10 millions de dollars en revenus touristiques. La série générerait la moitié des 10% d’augmentation du nombre de visiteurs, a estimé en 2015 le maire Andro Vlahusic. Un parc thématique est actuellement en projet et de multiples visites guidées proposent aux fans de découvrir les lieux qui ont fait leur série.

Un «gros lot» de 3,5 millions d’euros

A Gérone, la mairie ne peut contractuellement pas encore dévoiler les endroits exacts où ont été tournées les scènes de Game of Thrones. Mais des compagnies internationales de croisières maritimes proposent déjà des excursions d’un jour dans la «ville où a été tourné Game of Thrones», détaille l’étude de Parramon et Medina.

Rien que sur les 14 jours de tournage, en septembre dernier, les équipes de HBO ont laissé quelque 3,5 millions d’euros en frais de logement et de restauration, selon les estimations de leur relais dans la péninsule ibérique, Fresco Films. A l’annonce de la décision de la chaîne américaine de tourner à Gérone, Carles Puigdemont – ancien maire de la ville catalane devenu entre-temps président de la Catalogne – ne s’y était pas trompé: «A Gérone, nous avons tiré le gros lot.»

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Les commerçants ont eu le temps de se préparer à la déferlante Game of Thrones. Une industrie des produits dérivés s’est déjà développée avec des t-shirts, des tasses et des cocktails Khaleesi. Le restaurant El Celler de San Roca – première table mondiale 2015, selon The Restaurant Magazine – y est même allé d’une glace en forme de main (celle qu’a égarée le régicide Jaime Lannister).

L’Espagne revisitée par les grands studios

Le reste de la péninsule ibérique inspire aussi les producteurs de la série. L’année dernière, la ville d’Osuna a prêté son arène de corrida l’espace d’une scène clé et Séville a donné vie aux luxuriants jardins de Dorne. Un exemple qui a poussé d’autres studios à envoyer leurs équipes de tournage dans le sud de l’Europe. La troisième saison de la série Penny Dreadful a permis de relancer l’industrie cinématographique d’Almería, qui accueillait les westerns spaghetti de Sergio Leone dans les années soixante.

Plages, déserts, montagnes et un long historique de sièges médiévaux (25, dans le cas de Gérone): la péninsule ibérique semblait bénéficier de tous les avantages pour le tournage d’une série héroïque fantastique. Sauf un: «Nous étions le seul pays sans allégements fiscaux», a expliqué à El País Carlos Rosado, président de Spain Films Commission. Face aux conditions de HBO pour revenir tourner en Espagne, le gouvernement finit par accorder un abattement de 15% sur les dépenses. Plus quelques extras si les studios emploient des acteurs locaux.

Convaincre sans les mensonges de la fiction

Mais, pour la mairie de Gérone, le dynamisme cinématographique ne sera vraiment bénéfique que si les villes parviennent à capter les visiteurs sur le long terme. «Les selfies autour du trône de fer, les déguisements: tout cela reste un peu superficiel, concède Carles Ribes. Nous ne voulons pas laisser passer cette opportunité unique comme en 2006 après le tournage à Gérone du film Le Parfum

Or sur l’un des derniers plans de l’épisode 6 de Game of Thrones, HBO fait – à l’aide d’effets spéciaux – arriver la mer au pied des escaliers de la cathédrale de Gérone, située en réalité à quelque 30 kilomètres de la Méditerranée. «Qu’est-ce que l’on dira aux touristes qui recherchent la cathédrale de la mer?», s’est amusé un élu local sur Twitter.

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La Suisse, patrie de Bollywood

Les réalisateurs indiens ont converti la patrie d’Heidi en haut-lieu de romantisme

Il est peu probable que l’on retrouve toute l’équipe de Game of Thrones du côté de la vieille ville genevoise ou du pont de la Chapelle de Lucerne. La Suisse est pourtant déjà le lieu privilégié d’une industrie cinématographique: celle de Bollywood. Entre 15 et 18 films y sont tournés chaque année, selon Suisse Tourisme.

Le réalisateur Yash Chopra, surnommé le roi de la romance, a été l’un des instigateurs de l’intérêt indien pour les Alpes suisses. Il y a tourné une douzaine de films dans les années 80 et a été récompensé par Présence Suisse en 2002 pour avoir suscité un tel enthousiasme pour la Suisse et ses paysages du côté de Bollywood.

Des «Bollywood Tours» pour 550 francs

Depuis, à Gstaad et à Saanen, on propose aux touristes indiens des «Bollywood Tours» de 1h30 à 6h sur différents lieux de tournage. Prix: entre 190 et 550 francs. Le soutien aux équipes de tournage étrangères est devenu stratégique pour Suisse Tourisme. «Cela participe à déclencher une envie de voyage, explique sa porte-parole Véronique Kanel. Nous travaillons de plus en plus avec des feuilletons télévisés, qui ont pris une importance croissante dans le monde entier, et aux émissions de téléréalité.» Derniers exemples en date: la série chinoise Fanyiguan (Les interprètes) avec 5 épisodes sur 42 tournés en Suisse ou le Swiss Made Challenge indien, une émission combinant différents sports d’aventure, suivie par 410 millions de téléspectateurs.

La Suisse a aussi été le théâtre de plusieurs scènes de la franchise James Bond. La plus connue d’entre elles, le saut de l’ange de Pierce Brosnan depuis le barrage de Verzasca (TI) dans le film Goldeneye. Une entreprise propose aux touristes de reproduire, nuit et jour, le fameux «saut de 007» à l'élastique.

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