Aux commandes de Moutier depuis dix-sept ans, Maxime Zuber vit sa quatrième crise Tornos. «J’ai donc du recul», dit-il, exonérant l’entreprise et son actuel management de toute responsabilité, contrairement à la débâcle de 2002 où la direction n’avait misé que sur un produit. «La force du franc suisse et les facteurs macro­économiques plombent la capacité d’acheter l’outil de production high-tech Tornos dans des pays en crise économique et financière», explique-t-il. Tout au plus reconnaît-il que Tornos vend ses machines dans un marché plutôt traditionnel, qui négligerait les pays émergents. Et, constate-t-il, dans ce marché européen notamment, «l’Allemagne fait preu­ve d’un très fort protectionnisme».

En fait, Maxime Zuber n’est pas catastrophé. La confiance reste forte envers le management et les produits fabriqués. «Malgré la terrible tourmente qu’elle doit traverser, l’entreprise Tornos reste le leader mondial de sa spécialité, grâce à l’excellence de ses produits et à son savoir-faire incomparable.»

Poumon économique de sa région, Tornos qui tousse, c’est tout l’Arc jurassien qui pourrait s’enrhumer. «Il y aura des effets collatéraux, dit Maxime Zuber. Nos ressources fiscales seront aussi affectées. Mais à toute chose malheur est bon. Tornos annonce vouloir sous-traiter davantage de ses activités. Cela pourrait profiter à d’autres entreprises régionales.»

«Malheureusement coutumiers» des crises de Tornos, Maxime Zuber et l’exécutif de Moutier, au-delà de «la profonde désolation» exprimée, ont un plan de réaction. Comme s’ils validaient implicitement la décision de Tornos, sans la contester ou tenter d’en réduire les effets sociaux. Le mathématicien Maxime Zuber avait fait son calcul lorsque, il y a quelques semaines, Tornos annonçait devoir faire des économies structurelles pour 35 millions. «Divisez ce montant par les 150 000 francs que coûte en moyenne un employé, et on arrive au chiffre annoncé.»

Pour venir en aide aux employés qui seront licenciés – ceux de la ville et tous les autres –, Moutier a débloqué 150 000 francs d’un fonds communal de chômage (la Ville est l’une des rares à avoir une telle réserve) pour créer une cellule de crise chargée de permettre au personnel licencié de retrouver rapidement un autre emploi. Maxime Zuber fait remarquer que, dans la région, quelque 300 positions de travail sont «ouvertes»: «Je lance un appel solennel à la solidarité des entrepreneurs de l’Arc jurassien.»