Nouvelle secousse à la Maison-Blanche: Gary Cohn, principal conseiller économique de Donald Trump, a annoncé mardi sa démission face à la décision du président américain de taxer les importations d’acier et d’aluminium. Il était l’un des artisans de la réforme fiscale adoptée en décembre.

Cet ancien numéro deux de la banque Goldman Sachs, vent debout contre la politique du magnat de l’immobilier sur ce dossier, rejoint l’impressionnante liste de proches collaborateurs de Donald Trump ayant quitté le navire au cours des derniers mois. Ce n’est pas la première fois que Gary Cohn, 57 ans, est ouvertement en désaccord avec Donald Trump. En août 2017, il avait critiqué ce dernier pour sa réaction après les violences racistes de Charlottesville (Virginie), mais n’avait pas franchi le pas de la démission.

«Ce fut un honneur de servir mon pays et de mettre en place des politiques pro-croissance favorables aux Américains, avec en particulier le vote d’une réforme fiscale historique», a indiqué, dans un communiqué laconique, celui qui dirigeait l’influent Conseil économique national.

Dans les semaines à venir

Dans un tweet matinal, Donald Trump avait contesté l’idée d’un fonctionnement chaotique de la Maison-Blanche, assurant que la cascade de départs au sein de son équipe n’était que le fonctionnement normal de la «West Wing». «Il n’y a pas de chaos, juste une énergie fantastique», avait-il lancé, dans une étonnante formule. «Gary […] a fait un travail extraordinaire pour mettre en place notre programme, aidant à aboutir à une réforme fiscale historique et à libérer une nouvelle fois l’économie américaine», a-t-il souligné après le départ de son proche collaborateur, sans évoquer leurs désaccords de fond. La Maison-Blanche précise que la date du départ de Gary Cohn n’a pas encore été fixée mais qu’elle interviendra dans les semaines à venir.

Donald Trump a menacé la semaine dernière d’imposer des droits de douane de 25% pour l’acier et de 10% pour l’aluminium sur les importations aux Etats-Unis afin de protéger ces secteurs jugés cruciaux pour la sécurité nationale.

«Très, très injuste»

Recevant mardi à la Maison-Blanche le premier ministre suédois Stefan Löfven, il s’en est pris avec virulence aux Européens qui «rendent pratiquement impossible pour nous de faire des affaires avec eux». «L’Union européenne ne nous a pas bien traités. Et c’est une situation commerciale très, très injuste», a-t-il martelé.

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Cette nouvelle salve de Donald Trump, qui a affirmé il y a quelques jours à la stupéfaction des économistes et des historiens que les guerres commerciales étaient «bonnes et faciles à gagner», ne devrait pas contribuer à décrisper la situation. La plupart des partenaires commerciaux de Washington ont clairement indiqué qu’ils n’entendaient pas rester les bras croisés. L’UE a dit préparer des mesures de rétorsion contre des importations américaines dont les motos Harley-Davidson, les jeans Levi’s et le whisky bourbon. Mardi, le Mexique a menacé de taxer les biens américains «sensibles politiquement» en cas d’imposition de taxes sur les importations d’acier et d’aluminium mexicains.

Tensions chez les républicains

La cible principale des taxes américaines est la Chine, mais plusieurs analystes ont fait observer que ce pays ne représentait que 2% des importations américaines d’acier. Donald Trump a contesté cette évaluation, affirmant qu’une partie des importations transitait par d’autres pays. «On peut voir qu’un pays qui n’a même pas un haut-fourneau nous envoie 3% d’acier et cela vient de la Chine», a-t-il affirmé sans toutefois citer lequel.

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Mais ses velléités d’imposer des taxes suscitent de fortes réticences au sein même de son Parti républicain, majoritaire au congrès, traditionnellement favorable au libre-échange. Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a appelé mardi Donald Trump à renoncer à sa décision et à lui préférer des mesures «chirurgicales» et «ciblées» pour éviter une guerre commerciale risquée. Admettant qu’il existait «clairement des abus» en matière de dumping, Paul Ryan a affirmé à la presse que les mesures protectionnistes souhaitées par la Maison-Blanche pourraient entraîner des dommages collatéraux.