Energie

Le gaz naturel, candidat à la transition énergétique

Remplacer les énergies fossiles sera coûteux. En attendant le règne du tout renouvelable, le secteur gazier rappelle que des infrastructures fonctionnelles et bon marché existent déjà

Comment éviter que l’Europe ne plonge dans l’obscurité en tournant le dos aux énergies fossiles? Après le lobby du nucléaire, c’était au tour, mardi, de celui du gaz naturel d’avancer ses pions. Afin d’empêcher que la Suisse «n’arrache les voies du tram pour les reconstruire cinquante ans plus tard», selon la métaphore employée par Gilles Verdan, le représentant de Gaznat, lors d’une conférence de presse à Lausanne. La faîtière des distributeurs suisses est regroupée avec six homologues européennes dans l’association Green Gas Initiave.

Notre reportage: Sous les Alpes, le plus grand gazoduc de Suisse

Ces «voies de tram», ce sont les milliers de kilomètres d’infrastructures gazières «presque neuves» que le lobby cherche à préserver en pleine agitation écologiste. La Green Gas Initiative voit dans les gaz renouvelables – dont elle attend zéro émission de CO2 d’ici à 2050 – l’étape incontournable pour satisfaire aux objectifs de Paris. Soit le maintien de la hausse des températures à 2°C au-dessus des moyennes préindustrielles. Elle a donc mandaté une étude auprès du cabinet de conseil allemand Frontier Economics pour l’appuyer dans ses propos.

L’Europe du gaz et de l’électricité

Publiée mardi, «La valeur des infrastructures gazières dans une Europe neutre climatiquement» (en anglais) dresse trois scénarios dans la transition vers une économie décarbonisée pour 2050. Celui du tout électrique, où les consommateurs ne se déplacent qu’en voitures alimentées aux énergies renouvelables (le nucléaire a été exclu de l’équation suisse par les auteurs de l’étude). Les deux autres options intègrent le gaz dans le circuit: soit pour stocker de l’énergie transformée en électricité en cas de pic de la demande, soit directement vers le consommateur final pour chauffer ou compléter l’offre électrique.

Sans surprise, c’est cette dernière option qui est retenue: la première étant jugée «irréaliste et au coût prohibitif». Après une analyse coût-bénéfice, l’étude conclut que le troisième bouquet énergétique gaz-électricité permettrait à chaque Suisse d’économiser entre 151 et 221 euros par an (entre 175 et 249 francs).

Et ces économies pourraient aller jusqu’à 802 milliards d’euros (903 milliards de francs) pour les huit pays européens analysés jusqu’en 2050. Tout cela pour des «coûts additionnels modérés» d’entretien de 700 millions d’euros par an.

Le mazout, ce fruit trop mûr

S’il émet moitié moins de dioxyde de carbone que le pétrole, le gaz naturel n’en demeure pas moins une énergie fossile. Mais Gaznat mise sur des progrès technologiques rapides, notamment concernant l’hydrogène. «N’oublions pas les fruits les plus faciles à cueillir, illustre son directeur général René Bautz. Si le chauffage au mazout basculait vers le gaz naturel et que le parc automobile était transformé, on pourrait facilement respecter le Protocole de Kyoto.»

Car le chemin de l’après-pétrole pourrait être encore long. Les produits pétroliers représentent près de 50% du bouquet énergétique suisse, contre 14% pour le gaz naturel. Soit en deuxième partie de tableau, sur les huit pays analysés par l’étude.

Lire l'analyse: Nous n’enterrerons pas le pétrole

Gaznat a un autre argument: celui de l’acceptabilité des citoyens. Dans un pays où les localités refusent tous les projets de parc éolien et où la construction de lignes à haute tension a mauvaise presse, les infrastructures gazières ont l’avantage d’être largement souterraines.

Publicité