Matières premières

Du gaz naturel pour réunifier Chypre

Une conférence pour la réunification de l’île réunira les chefs d’Etat grec et turc à Genève dès le 9 janvier. La stabilité de la région est prioritaire pour l’exploitation de gisements au large des côtes chypriotes

Le sort de Chypre se joue à Genève. Les représentants des deux communautés de cette île divisée depuis plus de quarante ans se retrouvent, sous l’égide de l’ONU, dès lundi dans la Cité de Calvin. Ce pourrait être le dernier round de négociation en vue de la réunification de ce pays de 1,2 million d’habitants. La découverte de réserves de gaz naturel dans l’est de la Méditerranée pousse à l’accélération des négociations.

Des concessions pour l’exploration des gisements situés dans la zone économique exclusive du sud de Chypre ont été attribuées il y a dix jours aux géants énergétiques Eni, Total et ExxonMobil. L’appel d’offres pour les trois zones a suscité un fort intérêt dans le secteur, qui «nous rend raisonnablement optimistes» quant aux perspectives économiques, a souligné le ministre chypriote de l’Energie, Georgios Lakkotrypis.

Une souveraineté sur deux tiers de l’île

Mais si Chypre entend exporter son gaz en 2022, comme prévu, elle devra d’abord régler ses différends avec ses voisins. L’île est divisée en deux depuis l’invasion en 1974 de sa partie nord par la Turquie en réaction à un coup d’Etat visant à rattacher Chypre à la Grèce. Membre de l’Union européenne depuis 2004, la République de Chypre n’exerce plus son autorité que sur les deux tiers sud de l’île, où vit la communauté chypriote grecque.

La République turque de Chypre du Nord n’est reconnue que par Ankara, qui y maintient un contingent de quelque 30 000 soldats. Mais pour Nicos Anastasiadis, président de la République de Chypre, la possibilité de diversifier son approvisionnement énergétique pourrait pousser la Turquie à faire des concessions dans le dossier chypriote, a indiqué la semaine dernière le chef d’Etat dans une interview pour le quotidien grec «Kathimerini». Actuellement, Ankara dépend à 56% du gaz fourni par la Russie, un pays avec lequel les relations restent tendues.

Diplomatie du gaz naturel

Autre argument: l’ambition d’Ankara de se convertir en plaque tournante énergétique passe par Chypre. Le pipeline qui devrait faire transiter le gaz israélien vers la Turquie ne peut passer que par la zone économique exclusive chypriote (l’autre possibilité étant de longer les côtes syriennes, un pays ravagé par la guerre civile). «La République de Chypre n’a peut-être pas de droit de veto, mais elle peut émettre des réserves sur ce tracé», a prévenu Nicos Anastasiadis.

La coopération énergétique autour de ce projet de pipeline a été un moteur clé dans la normalisation des relations entre la Turquie et Israël, après six ans de rupture. Les représentants chypriotes espèrent que la Realpolitik primera également entre la Grèce et la Turquie, conviées avec le Royaume-Uni en tant que garants de la sécurité de l’île le 12 janvier aux pourparlers genevois.

Des «présidents» nés dans la même ville

L’arrivée d’une jeune génération de leaders dans les deux communautés de l’île a permis de relancer le processus de négociation en début d’année dernière. Le dirigeant turc chypriote Mustafa Akinci, né dans la ville de Limassol comme son homologue grec chypriote, a été élu il y a vingt mois sur la promesse électorale de parvenir à un accord de paix avec le sud de l’île. Selon lui, sur la centaine de questions devant être réglées, seules huit à dix sont véritablement problématiques, notamment à propos de la propriété, de la terre et de la sécurité.

Après l’échec du référendum de 2004 proposé par l’ONU (refusé par la majorité grecque) et plusieurs rounds de négociations infructueux sur les bords du Léman en novembre, une nouvelle consultation pourrait avoir lieu en 2017. Auparavant, il faudra que tous les acteurs s’accordent sur les contours de ce nouvel Etat fédéral européen.

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