énergie

Le gaz veut devenir plus vert

Pour remplir les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, l’industrie gazière souhaite s’imposer comme un acteur majeur de la transition énergétique. Ce mercredi 25 septembre, la Société des gaziers romands organisait son premier forum public sur cette question, tandis que le groupe Holdigaz dévoilait plusieurs projets labellisés développement durable

Biogaz, cogénération, gaz renouvelables, power-to-gas… l’industrie gazière entend jouer un rôle de premier plan dans la transition énergétique suisse et le fait savoir. Hasard du calendrier ou non, cette semaine, la Société des gaziers de la Suisse romande organisait mercredi son premier forum public à Lausanne sur le thème: «L’évolution des infrastructures dans la transition énergétique». Et le même jour, la société Holdigaz tenait son assemblée générale et présentait cinq projets autour de la transition énergétique.

«Avec cette journée, nous voulons vous faire comprendre que les infrastructures et les solutions nécessaires à la transition énergétique sont déjà en place», affirme en introduction Pierre-Alain Kreutschy, président de la société qui rassemble les entreprises gazières romandes. L’industrie gazière met l’accent sur un objectif en particulier: atteindre le seuil de 30% de gaz renouvelables dans la totalité du gaz consommé pour le chauffage en 2030. «Cet objectif est loin des 100% et reste cantonné au chauffage des habitations, pointe Elmar Grosse Ruse, spécialiste du climat au WWF Suisse. Si l’on prend en compte l’industrie, en 2030, il représentera plutôt 15% de la consommation totale.» En mars dernier, le WWF a publié une étude sur l’avenir de l’approvisionnement gazier en Suisse.

Actuellement, le gaz naturel (composé essentiellement de méthane) représente une part de 14% du mix énergétique suisse, dont 2% sont du biogaz. Ce qui signifie qu’aujourd’hui 98% du gaz consommé en Suisse est fossile. «Le chauffage au gaz émet 25% de gaz à effet de serre de moins que le pétrole. C’est un petit mieux mais pas suffisant», détaille Elmar Grosse Ruse.

Augmenter la production de gaz renouvelables

Pour atteindre cet objectif, l’industrie gazière mise sur différentes formes de production de biogaz présentées lors de ce forum. Méthanisation des déchets alimentaires ou agricoles, utilisation des eaux usées dans les stations d’épuration ou encore production de méthane de synthèse en utilisant les surplus d’électricité produite par des moyens renouvelables. Cette dernière méthode, le power-to-gas, a l’avantage de consommer du CO2 pour la production du méthane.

Le rendement de cette méthode est toutefois pointé du doigt. «Pour produire l’équivalent en gaz d’un kilowattheure, il faut consommer deux kilowattheures d’électricité», précise Roger Nordmann, conseiller national (PS/VD) et président de l’association des professionnels de l’énergie solaire, Swisssolar. Il est également l’auteur d’un livre sorti cette année détaillant un plan de transition énergétique pour se passer du nucléaire. «Le gaz a toutefois un rôle à jouer dans la transition énergétique. L’infrastructure gazière existante peut notamment servir au stockage des surplus d’énergie renouvelable sous forme de méthane de synthèse», ajoute-t-il.

Un gaz neutre en CO2

Les gaziers cherchent donc à se diversifier pour s’intégrer dans la transition énergétique. La société Holdigaz, qui tenait aussi son assemblée générale ce mercredi, a présenté cinq projets étiquetés développement durable. La holding, qui alimente 162 communes romandes en gaz naturel, basée à Vevey commercialisera via sa filiale Novogaz les chaudières basse consommation du constructeur français de chaudières à gaz basse consommation Boostheat, dont Holdigaz est actionnaire de référence.

«On pourrait se demander pourquoi un fournisseur de gaz voudrait vendre une chaudière qui consomme deux fois moins, convient Philippe Petitpierre, président de Holdigaz. Mais nous ciblons le remplacement des chauffages à mazout qui ne seront légalement plus renouvelables sur les quinze ou vingt prochaines années.» Boostheat a également effectué son introduction en bourse ce mercredi pour une somme estimée à 38,7 millions d’euros.

Holdigaz a également dévoilé un projet de véhicule combinant batterie électrique et alimentation au gaz naturel, la Softcar, développé en partenariat avec l’entreprise fribourgeoise du même nom. Une première usine de démonstration, proche de Vevey, doit voir le jour dans les six-huit prochains mois. «A partir de fin 2020, elle pourra produire 5000 véhicules par an», précise Philippe Petitpierre. La Softcar devrait avoir une autonomie de 700 km et être entièrement modulable. Avec ce projet, Holdigaz espère convaincre de nouveaux adeptes de la mobilité au gaz dans un marché qui n’a jamais vraiment décollé en Suisse. Actuellement, 13 500 véhicules seulement roulent au GNL.

Le climat plus doux fait reculer les ventes

Mais surtout dans le climat actuel de questionnement sur les émissions de gaz à effet de serre, Energiapro, la filiale chargée de la commercialisation du gaz au sein de la holding, fournira «100% de gaz naturel neutre en carbone» à partir du 1er octobre prochain. Et surtout «sans augmentation de la facture pour le consommateur», souligne Philippe Petitpierre. Pour compenser climatiquement les émissions du gaz vendu, Holdigaz a investi dans trois projets de développement durable au Kenya, en Inde et à Madagascar.

Une initiative qui laisse le responsable environnement du WWF dubitatif: «Quand il n’y a pas d’alternative, comme un vol en avion pour New York par exemple, compenser les émissions de gaz à effet de serre en investissant dans une action de réduction peut avoir du sens, reconnaît Elmar Grosse Ruse. Mais pour le chauffage ou la voiture, il existe des alternatives non émettrices.»

L’industrie gazière s’empare donc de cette question de la transition énergétique et de la réduction des gaz à effet de serre. D’autant plus qu’elle ressent désormais directement les effets du changement climatique. Sur l’année passée, Holdigaz a enregistré un recul de ses ventes de gaz naturel de 7,6%, soit une baisse de 159,5 à 154,2 millions de francs en raison notamment d’un hiver plus doux.

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