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Gazprom verrouille la fourniture de gaz de l’Europe

30% de l’approvisionnement européen est assuré par le géant d’Etat russe, une première. Cette dépendance fait mentir le déclin attribué à l’arrivée du gaz de schiste

Gazprom verrouille un peu plus la fourniture de gaz à l’Europe

Chauffage 30% de l’approvisionnement européen est assuré par le géant d’Etat russe, une première

Cette dépendance fait mentir le déclin attribué à l’arrivée du gaz de schiste

Le géant d’Etat du gaz russe était décrit comme en perte de vitesse. Victime des avancées du gaz liquide (GNL) et surtout du gaz de schiste. Mais c’est un phénomène inverse qui a été observé en 2013. Gazprom a continué de consolider ses parts de marché dans presque tous les pays européens, aux dépens des fournisseurs de GNL et de la Norvège. Le groupe, qui détient toujours le monopole des exportations russes par gazoduc, a indiqué mardi avoir livré 162,7 milliards de m3 à l’Europe en douze mois; par rapport à des besoins de 476 milliards de m3.

Le précédent record datait de 2011, lorsque Gazprom avait exporté 150 milliards de m3, soit 27% de la consommation européenne. En volumes, l’augmentation représente un bond de 16% depuis 2012. Les plus importantes progressions sont affichées en Allemagne (+21%) – le plus gros marché européen de Gazprom –, en Italie (+68%) et au Royaume-Uni (+54%). 0,37 milliard de m3 ont fini en Suisse, de façon indirecte. Selon le lobby gazier helvétique, 20% du gaz consommé vient de Russie mais il n’y a pas de contrat direct avec Gazprom.

Hormis les Pays-Bas, qui ont également augmenté leurs parts de marché – de 8,9% avec 81,5 milliards de m3 livrés – les autres principaux fournisseurs de gaz à l’Europe voient leurs parts de marché reculer. La Norvège, deuxième après la Russie avec 24% du marché européen? Ses approvisionnements affichent un recul de 5% à 115 milliards de m3 livrés. Surtout, les plus fortes chutes de la fourniture de gaz ont été enregistrées par l’Algérie (–18%) et par le Qatar (–21%).

Ces résultats ont même surpris Gazprom Export. Cette filiale ayant le monopole sur l’exportation de gaz russe n’envisageait d’atteindre les 30% de parts de marché qu’à l’horizon 2020. Maintenant, Gazprom table sur une poursuite de l’augmentation de la demande sur une augmentation de sa propre production. Le groupe russe se voit alimenter 32% du marché européen en 2030. «Notre principe est de maximaliser la rentabilité et non pas d’augmenter nos parts de marché à n’importe quel coût», a tempéré lundi Sergueï Boudzouliak, directeur adjoint de Gazprom Export, lors d’une conférence téléphonique. Le prix moyen du gaz livré en Europe l’année dernière était de 380 dollars pour mille m3, soit une baisse de 5,5% par rapport à 2012. Ce succès intervient alors que Bruxelles multiplie les efforts pour réduire la dépendance énergétique de l’Union européenne envers Moscou. En 2012, la Commission européenne a ainsi entamé une enquête contre les pratiques monopolistiques de Gazprom, enquête qui a contribué à tendre les rapports avec Moscou. Le régulateur européen soupçonne Gazprom «d’entraver la libre circulation du gaz dans les Etats membres de l’UE en Europe de l’Est, ce qui gène l’émergence d’autres sources d’approvisionnement, et génère des pratiques tarifaires déloyales».

Ce retour en force signifie-t-il pour autant un échec de Bruxelles? Pas pour l’expert du marché de l’énergie Mikhaïl Kroutikhine. Selon ce dernier, cela reste «un phénomène temporaire dû à une surconsommation de gaz liée à la météo». D’autre part, «l’Asie a presque monopolisé le GNL l’année dernière, car les prix y sont plus élevés», précise l’expert, qui s’attend à «une correction sur le marché asiatique grâce à une plus grande offre, ce qui fera revenir le GNL vers l’Europe».

Enfin, ce dernier prévient que «de gros marchés comme l’Allemagne revoient leur balance énergétique en augmentant fortement leur consommation de charbon, au détriment du gaz». Mikhaïl Kroutikhine s’attend ainsi à ce que, d’ici à deux ans, la part de marché de Gazprom en Europe redescende autour de 25-27%.

«L’Allemagne va augmenter fortement sa consommation de charbon, au détriment du gaz»

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