L'identité du «géant pharmaceutique américain» qui étudie l'implantation d'une unité de production en Suisse, avec la création de1200 emplois à la clé, ne fait désormais plus de doute: il s'agit d'Amgen, le fabricant de l'EPO, un médicament contre l'anémie également très prisé par les sportifs en mal de dopage. L'investissement envisagé dépasse le milliard de francs. La Suisse, l'Irlande et Singapour se disputent cette manne.

Numéro un mondial de la biotechnologie, Amgen est souvent dépeint comme l'adversaire un peu malchanceux du numéro deux de la branche, Genentech. Alors que la filiale américaine de Roche a lancé de nombreuses nouveautés ces dernières années, Amgen a accumulé les déconvenues. La dernière en date, le 11 février, a été l'abandon des essais cliniques du GDNF contre la maladie de Parkinson. Amgen n'a pas été plus chanceuse avec ses recherches sur le cancer de la prostate, la maladie de Lou Gehrig (sorte de sclérose) et son hormone contre l'obésité.

La conséquence est que l'Epogen ou EPO, le premier médicament lancé en 1989 par l'entreprise de Thousand Oaks en Californie, demeure sa première source de revenus. La société a décliné ce succès avec l'Aransep, une version dont l'effet dure plus longtemps. Dans les années 90, la croissance a été portée par les très bons résultats engrangés par le Neupogen et le Neulasta, administrés pour réduire les risques d'infections pendant les chimiothérapies. En 2001, Amgen s'est ouvert une nouvelle spécialité en rachetant Immunex pour 10,3 milliards de dollars. Cette opération lui a apporté l'Enbrel et des compétences dans l'arthrite et les rhumatismes.

Peu endetté, Amgen a triplé son chiffre d'affaires et son bénéfice en quatre ans. Ses ventes devraient dépasser 10,5 milliards de dollars en 2004 pour un bénéfice net de plus de 3 milliards. Cette santé étincelante ne suffit pas à éclipser l'âge relativement élevé de son portefeuille de produits. Résultat: l'action Amgen se traite à 38 fois ses bénéfices contre 74 fois pour Genentech. Elle s'est appréciée de 1,3% l'année dernière contre 16% pour Genentech.

Mais les choses pourraient changer. C'est du moins le message qu'Amgen essaie de faire passer. En mars 2004, pour la première fois, elle a ouvert ses laboratoires à des journalistes afin de mettre en avant la richesse de son pipeline de nouveautés.

A l'horizon 2012, son nouveau médicament contre l'ostéoporose, l'AMG-162, pourrait devenir un blockbuster, c'est-à-dire dépasser le milliard de dollars de ventes, à en croire le consultant américain en sciences de la vie Decision Ressources. Cette protéine qui renforce les os vient d'entrer en phase finale de tests. Elle est actuellement administrée à 9000 personnes.

Le Palifermin, un autre produit destiné à accompagner les chimiothérapies, est un autre blockbuster potentiel. Son approbation a été soumise aux autorités sanitaires américaines. Standard & Poor's en attend un chiffre d'affaires d'un milliard de dollars en 2012. Enfin, le Sensipar, un médicament pour les diabétiques, a effectué un bon démarrage depuis son lancement en mars dernier. Il est encore trop tôt pour savoir quels produits seront fabriqués dans la nouvelle usine que la société veut construire en Europe ou en Asie.

Le siège européen d'Amgen, 210 personnes, se trouve à Lucerne depuis 1989. Il sera déplacé de 30 kilomètres, dans le canton de Zoug, d'ici à la fin de l'année, a indiqué la porte-parole Sabeena Ahmad.

La semaine dernière, une réunion secrète a réuni à Berne deux représentants d'Amgen, le conseiller fédéral en charge de l'Economie Joseph Deiss et les ministres fribourgeois et vaudois de l'Economie, selon le Tages Anzeiger de mardi.

Les services de Joseph Deiss ont indiqué qu'il y avait été question de ristournes fiscales en vue de l'implantation de la société en Suisse. L'Irlande et Singapour sont aussi sur les rangs.

L'entrée en scène du conseiller fédéral semble indiquer que les négociations entrent dans leur dernière phase sur le choix du pays. «Cette réunion a été cruciale», explique un proche du dossier.

Amgen est en train de visiter les autorités singapouriennes, irlandaises et suisses afin de recueillir leur meilleure offre. Sa décision pourrait intervenir en mai. Le choix définitif de la commune n'interviendrait que plus tard.

Après leur entrevue avec Joseph Deiss, les responsables d'Amgen ont survolé en hélicoptère les sites de Galmiz (FR) et d'Yverdon (VD), mais pas celui de Payerne (VD). Celui-ci semble définitivement écarté.