Chaque jour qui passe semble livrer son lot de déceptions en Allemagne. A l'impact du ralentissement conjoncturel, viennent se greffer pour les deux géants BASF et Bayer des problèmes spécifiques. Mardi, BASF, le premier groupe chimique européen, annonçait des résultats en deçà des attentes, pourtant déjà abaissées début juin, ainsi que la suppression de 1200 emplois supplémentaires, portant ainsi à 4000 le nombre de postes supprimés pour les 18 prochains mois.

A son tour, le conglomérat pharmaceutique et chimique Bayer lançait mercredi son deuxième avertissement sur les bénéfices (profit warnig) en six semaines, lié cette fois-ci au retrait du marché de l'un de ses médicaments phare: le Baycol/Lipobay, destiné à résorber les excès de cholestérol. «Ce retrait volontaire est motivé par le nombre croissant de cas d'effets secondaires impliquant une faiblesse musculaire (rhabdomyollysis), en particulier chez les patients soumis à un traitement simultané au gemfibrozil», précise le communiqué diffusé mercredi par l'inventeur de l'aspirine. Le Japon est d'ailleurs le seul pays épargné par cette mesure, car le gemfibrozil n'y est pas vendu. Cette substance active se trouve notamment dans le Lopid de Pfizer. Conséquence de cette décision, «les bénéfices pour l'ensemble de l'exercice seront substantiellement inférieurs aux dernières estimations. Et l'objectif visant à atteindre en 2002 une marge de rentabilité de 20% dans la division santé devient hors d'atteinte» commente encore Bayer. Un programme de restructuration sera annoncé aujourd'hui jeudi.

Pour illustrer l'ampleur de ce coup dur, «le Baycol/Lipobay est l'un des trois produits phares (blockbuster) de Bayer et celui qui présentait les meilleures perspectives de croissance» explique Giusep Demont, spécialiste du secteur pharmaceutique à la Banque Vontobel à Zurich. Ce dernier prévoyait en effet pour ce médicament un chiffre d'affaires de 950 millions d'euros cette année et de 2 milliards en 2005. Si Bayer dispose de deux autres produits phares dégageant plus de 1 milliard de ventes, la croissance attendue de leurs chiffres d'affaires était loin d'être aussi prometteuse. Bayer se retrouve donc d'un coup exclu d'un marché des médicaments anticholestérol estimé à quelque 15 milliards de dollars selon un analyste de Julius Bär cité par Bloomberg, marché qui devrait s'élever à 20 milliards en 2004.

Lors de la conférence téléphonique de mercredi, Werner Wenning, le responsable des finances du groupe allemand, a évalué l'impact négatif de cette décision sur les bénéfices 2001 à 600-650 millions d'euros, dont 300 millions de provisions extraordinaires. Bayer devrait en dire davantage sur les nouvelles perspectives lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre, attendue pour ce jeudi. Mais l'action Bayer a déjà chuté de 17,6% à 37,4 euros mercredi à Francfort, portant le recul à 33% depuis le début de l'année.

S'agissant du médicament en cause, les autorités américaines de la santé (FDA) ont déjà fait part de 31 avis de décès consécutifs aux fortes réactions musculaires provoquées par le Baycol. Dans 12 de ces cas, les patients étaient aussi soumis à un traitement au gemfibrozil. Mais Bayer ne fait l'objet d'aucune action en justice portant sur le Baycol a précisé Werner Wenning. Le groupe pharmaceutique allemand n'a en effet pas ménagé ses avertissements pour mettre en garde contre une utilisation du médicament avec un usage simultané du gemfibrozil. Alors que Giusep Demont tablait auparavant sur un fléchissement du bénéfice annuel de Bayer de 3% en 2001, il s'attend désormais à un recul de plus de 25% de celui-ci.