Le géant chinois de l'internet Alibaba a annoncé vendredi le rachat du quotidien chinois anglophone de référence South China Morning Post, une opération qui soulève de nouvelles craintes sur l'indépendance éditoriale du titre.

«Notre objectif est d'étendre le lectorat du South China Morning Post à travers le monde grâce à la distribution numérique et un accès plus facile aux contenus», a commenté Joe Tsai, vice-président exécutif du groupe Alibaba, dans un communiqué, sans donner le montant de la transaction.

«Avec une expertise reconnue, notamment dans l'internet mobile, Alibaba est en excellente position pour utiliser au mieux la technologie afin de créer du contenu de manière plus efficace et d'atteidre une audience globale», a commenté de son côté Robin Hu, PDG de ce journal connu sous son acronyme SCMP.

Un média frappé par la chute de ses ventes

«L'acquisition inclut également un portefeuille de magazines tels que les éditions de Hong Kong de Elle, Cosmopolitan, Esquire, The PEAK et Harper's Bazaar», précise Alibaba dans son communiqué. Le SCMP comprend d'autres titres comme son édition dominicale, son édition numérique SCMP.com et des applications de téléphonies mobiles, de même que les deux sites chinois Nanzao.com et Nanzaozhinan.com.

Crée en 1903, ce journal est reconnu pour sa connaissance de Hong Kong, la colonie britannique rétrocédée à Pékin en 1997, et de la Chine elle-même. Mais comme bien d'autres titres de presse au monde, le SCMP a été frappé par la chute de ses ventes et de ses bénéfices publicitaires, et par des problèmes d'adaptation aux nouvelles technologies.

Crainte d'une perte d'indépendance

Des analystes redoutent que le SCMP perde définitivement toute indépendance par rapport à Pékin, avec son rachat par Alibaba, la plate-forme de commerce électronique fondée par Jack Ma. Jack «Ma a des liens serrés avec le gouvernement. Je suis sûr qu'il ne voudra pas d'articles gênants dans le SMCP», expliquait fin novembre Willy Lam, de l'Université chinoise de Hong Kong, territoire secoué par des manifestations anti-régime fin 2014.

La question de l'indépendance éditoriale du SCMP se pose depuis son rachat en 1993 par le milliardaire malaisien Robert Kuok, qui a de nombreux intérêts en Chine. Territoire chinois bénéficiant d'une large autonomie, Hong Kong a connu à l'automne 2014 sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession en 1997. Des dizaines de milliers de manifestants avaient paralysé pendant des semaines des quartiers entiers de la ville pour réclamer un véritable suffrage universel pour la désignation du prochain chef de l'exécutif en 2017, sans droit de regard de Pékin sur le choix des candidats.