Le conflit couvait depuis des années, mais le communiqué de BP a claqué comme un coup de tonnerre. Jusqu’ici, le pétrolier britannique tentait de monter au capital de TNK-BP, le troisième pétrolier russe, qui lui fournit presque un quart de sa production globale et de ses réserves de brut. Créée en 2003, TNK-BP est détenue à parité par BP et par le consortium russe Alfa Access Renova (AAR), regroupant Mikhaïl Fridman et les milliardaires Viktor Vekselberg, Len Blavatnik et Guerman Khan.

Le communiqué de BP explique succinctement qu’à «la lumière [de l’offre de rachat faite par AAR] et des accords entre actionnaires, BP a signifié au consortium AAR son intention de considérer la vente potentielle de sa part». Pour autant, BP n’apporte aucune garantie que la transaction aura lieu.

Aujourd’hui, la part de BP est estimée autour de 35 milliards de dollars par les experts, qui s’accordent à dire qu’AAR est en mesure de financer cette acquisition. Mais l’entrée d’une troisième partie n’est pas exclue, à condition qu’un actionnaire majoritaire consolide au moins 51% du capital de TNK-BP. Daria Kozlova, analyste chez Rye, Man & Gor Securities, énonce les deux scénarios de vente les plus probables: soit l’acheteur sera AAR, soit Rosneft. «En dépit de l’énorme programme d’investissement de Rosneft (70 milliards de dollars), le pétrolier d’Etat a les moyens de financer cette acquisition.»

Dans le contexte du retour tout récent d’Igor Setchine à la tête de Rosneft, un proche allié de Vladimir Poutine connu pour sa volonté de consolider le secteur pétrolier sous l’aile de l’Etat, l’annonce de BP prend une coloration particulière. Certains y voient un coup de bluff. «C’est soit une tentative de bloquer une OPA sur TNK.BP, soit une intention de montrer au gouvernement russe que le départ d’un gros actionnaire étranger du secteur pétrolier peut avoir un effet très négatif sur l’image du pays. Car il est probable que Rosneft fasse déjà pression [sur TNK-BP] pour en racheter au moins la moitié», estime Mikhaïl Kroutikhine, expert de l’agence de conseil RusEnergy.

La liste des conflits entre AAR et BP est fort longue et visiblement éreintante pour les Britanniques, en dépit du fait que le pétrolier soit très rentable. Le dernier conflit en date remonte à janvier 2011, lorsque BP signa une alliance stratégique pour explorer les gisements arctiques conjointement avec le groupe public Rosneft, numéro un du pétrole russe.

Une alliance torpillée par le consortium AAR, qui a fait valoir que l’accord avec Rosneft constituait une violation du pacte d’actionnaires de TNK-BP. Cette dernière aurait dû être invitée à rejoindre l’alliance. Pour sortir de l’impasse, BP avait proposé de racheter les 50% d’AAR dans TNK-BP, offrant jusqu’à 27 milliards de dollars, alors que la valorisation boursière de la part était de 22 milliards de dollars. Offre rejetée par AAR. De son côté, Rosneft et son actionnaire à 75% (le Kremlin), très fâchés de l’échec, se sont ensuite tournés en août 2011 vers un autre partenaire, l’américain ExxonMobil, pour explorer les très prometteurs gisements arctiques. Il n’est pas exclu que BP soit tenté d’échanger sa part problématique dans TNK-BP pour reprendre le train Arctique en marche. ö Le pétrole repasse sous la barre des 100 dollars. Page 15

TNK-BP, le troisième pétrolier russe, lui fournit presque un quart de sa production globale