A Genève, les banques islamiques ont souffert mais la place a globalement profité du rapatriement de certaines fortunes arabo-islamiques des Etats-Unis, surtout les groupes européens déjà présents sur le marché, qui ont un avantage sur les banques arabes ne proposant pas de placements islamiques. «Les Saoudiens et les Koweïtiens sont par exemple traditionnellement liés à UBS», note un banquier libanais à Genève. Chez Arab Bank à Zurich, Jean-Bernard Georges cite aussi les méthodes de marketing plus agressives des banques non arabes. Le gérant de fortune précise que les filiales au Proche-Orient enregistrent une forte croissance dans les produits islamiques.

Grandes perdantes, les banques 100% islamiques sont quant à elles dans une situation critique, comme le souligne un observateur informé à Genève: l'amalgame direct qu'ont fait les autorités américaines entre ces groupes et le financement du terrorisme leur a fait un tort considérable. Avant que soient avérés les soupçons de la justice à leur égard, nombre de leurs clients ont liquidé leurs comptes par peur de les voir gelés ou de voir leur nom associé à Oussama Ben Laden. Des sources officieuses affirment que des établissements tels que la holding saoudienne basée à Genève DMI (Dar-al Maal Al-Islami), et en particulier sa filiale Faisal Finance ont perdu des clients au profit de JP Morgan Chase, Merrill Lynch ou Barclays. La plainte déposée jeudi par des proches des victimes du 11 septembre, qui vise entre autres DMI, n'arrangera pas ses affaires. Mais, symptôme de l'effervescence de ce marché dans le Golfe, DMI inaugurera cette semaine trois sociétés de finance islamique à Bahreïn, qui géreront près de 200 millions de dollars.