Les géants de Las Vegas ont investi à Macao

Jeux La fortune accumulée par l’ex-colonie portugaise fait rêver les autres pays d’Asie

Qui l’aurait cru voici quinze ans? Lorsque, le 20 décembre 1999, la colonie portugaise de ­Macao, à l’embouchure du delta de la «rivière des Perles», devient, après Hongkong en juin 1997, la seconde région administrative spéciale de la République populaire de Chine, le territoire est aux mains d’un seul empereur des jeux: le sino-portugais Stanley Ho, aujourd’hui âgé de 93 ans. L’endroit a une réputation de tripot d’un autre âge: le vieux casino ­Lisboa de M. Ho – septième fortune de Chine, avec 7 milliards de dollars à son actif selon Forbes – est autant un édifice historique qu’une source de revenus.

Changement aujourd’hui: avec 45 milliards de revenus en 2013, contre 3 en 2002, les casinos de Macao rapportent… sept fois plus que ceux de Las Vegas. Le «strip» du territoire, sur l’île de Cotai, est devenu l’épicentre mondial des jeux d’argent. Et les établissements de l’ex- «empereur» Stanley Ho, dont le nouveau casino Lisboa, sont désormais dépassés, en termes de chiffre d’affaires, par les géants américains du Nevada venus recycler ici leur fortune: Sheldon Adelson, opérateur du casino-hotel Venetia avec ses gondoles et son canal intérieur, ou Steve Wynn, patron de l’établissement qui porte son nom à Cotai et du Bellagio à Las Vegas, qui passe à Macao la moitié de son temps.

Ce succès est basé sur une recette simple: l’afflux quotidien de millions de joueurs chinois ­saisis par la fièvre du tapis vert et qui ne peuvent s’y adonner dans la République populaire, où les casinos restent interdits. En janvier, Pékin a de nouveau refusé la ­construction d’un établissement de jeux sur l’île balnéaire de Hainan. Macao a le monopole des jeux d’argent pour la Chine et draine également des amateurs en provenance du reste de l’Asie, Japon compris. Signe de la frénésie des paris: 70% des mises dans les trois établissements les plus prestigieux du territoire (le Venetian, le MGM et le Galaxy) sont supérieures à 150 dollars.

Davantage de migrants

La manne des casinos a pour Macao un revers: emprise de la criminalité organisée, explosion des prix de l’immobilier et surtout afflux massif d’immigrants. Aux 600 000 citoyens de l’ex-colonie portugaise s’ajoutent déjà près de 200 000 immigrants. Le chiffre de 100 000 arrivants supplémentaires est évoqué dans les dix prochaines années pour faire face aux besoins de main-d’œuvre d’un territoire où le chômage est de 1,8%.