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Pourquoi les géants du Web défendent la neutralité du Net

De grandes entreprises, comme Facebook ou Google, participent ce mercredi à une journée d’action pour défendre ce principe fondateur d’Internet. Objectif: s’opposer à un projet soutenu par l’administration Trump

C’est une opération coup de poing. Des milliers d’entreprises participent ce mercredi à une journée d’action pour défendre la neutralité du Net. Des poids lourds du secteur figurent sur la liste. On y trouve Amazon, Facebook, Google ou encore Twitter. Plus de 23 000 sites sont volontairement ralentis et affichent des alertes pour sensibiliser le grand public. Parmi elles, on peut lire: «veuillez mettre à niveau votre abonnement internet pour continuer» ou «voici à quoi ressemble le Web sans la neutralité du net».

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Des messages qui se veulent pédagogiques. Car le sujet est un peu technique. La neutralité du Net permet de garantir un accès égal au réseau à tous les utilisateurs. Autrement dit, les géants du Web n’ont pas le droit de bloquer ou de ralentir l’accès à certains contenus, ou bien de proposer des accès rapides aux clients qui paieraient plus cher.

Cette journée est organisée par Battle for the Net, un collectif mené par les groupes d’activistes Fight For the Future, Demand Progress et Free Press. Pourquoi une telle mobilisation? Depuis l’élection de Donald Trump, la neutralité du Net est en danger.

Revirement spectaculaire

Ce grand principe est remis en cause par le régulateur américain des télécoms, la FCC (Federal Communications Commission). L’administration Trump a nommé à sa tête Ajit Pai, un adversaire notoire à la neutralité du net. Le 18 mai dernier, les membres de la FCC ont voté la remise en cause des règles contraignant les fournisseurs d’accès. «Nous applaudissons cette initiative d’Ajit Pai pour supprimer ce nuage régulatoire étouffant au-dessus d’Internet», se félicitait alors le directeur d’AT&T.

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Le revirement est spectaculaire. En 2015, sous Obama, ce même régulateur avait jugé qu’Internet était un «bien public». Une loi désormais attaquée par Ajit Pai: «Rien dans Internet n’était cassé en 2015. Il n’y avait pas d’explosion du nombre de fournisseurs d’accès à Internet bloquant l’accès des clients aux contenus, applications ou services de leur choix.»

Risque de censure

De quoi faire bondir les défenseurs d’un Internet libre et ouvert. «La FCC veut détruire la neutralité du Net et donner aux grands opérateurs le contrôle sur ce que nous voyons et faisons en ligne. S’ils y parviennent, il sera possible de ralentir le débit, de bloquer, de censurer, et de faire payer des frais supplémentaires», prévient le site de la mobilisation.

Tim Berners Lee, l’un des fondateurs du Web, a également fait part de son inquiétude. «Imaginez ce qui se passerait si les fournisseurs de services Internet – généralement une poignée de grands distributeurs de contenu qui contrôlent le marché – étaient autorisés à violer la neutralité du réseau», explique-t-il dans une tribune publiée par le Wall Street Journal fin juin.

L’avenir d’Internet tient désormais à un fil. Si la neutralité du Net est mise de côté, le paysage numérique va profondément changer. Ces mesures pourraient pénaliser l’ensemble des internautes, au-delà des frontières américaines.

Bataille commerciale

Mais la bataille se joue aussi sur le plan économique. Dans une note publiée sur son blog, Twitter affirme qu’il n’aurait jamais pu développer son activité sans cette liberté. Même discours du côté de Snapchat. «Sans un Internet gratuit et ouvert, Snapchat ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Nous pensons sincèrement qu’il faut offrir ces mêmes opportunités aux futurs entrepreneurs innovants», explique un porte-parole du réseau social dans un communiqué.

Les fournisseurs d’accès s’estiment lésés. «Les opérateurs aimeraient avoir une part du gâteau de Google et de Facebook… Ils constatent que les plateformes réalisent d’importants bénéfices via leurs réseaux et qu’ils n’en touchent pas un centime, puisque la bande passante est essentiellement payée par les abonnés», indique Serge Abiteboul, chercheur en informatique, au média français Rue89 Strasbourg.

Les participants à la journée d’action espèrent une mobilisation citoyenne pour contrer le projet de l’administration Trump. Sur leurs sites, ils invitent les internautes à interpeller le Congrès américain et la Commission des communications fédérales des Etats-Unis sur cette question épineuse. Une période de négociations est ouverte jusqu’au 16 août.

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