Il faut sauver les petits commerces. Et le secteur immobilier, conscient des conséquences économiques de faillites en série, est en train de prendre la mesure du problème. Ainsi, depuis une semaine, les initiatives se multiplient de la part de propriétaires de locaux commerciaux fermés pour cause de coronavirus.

L’Office fédéral du logement (OFL) a par ailleurs annoncé que les représentants des propriétaires et des locataires se réunissaient ce mardi. «La situation est en cours d’analyse, les mesures nécessaires seront prises», a indiqué le directeur de l’OFL, Martin Tschirren, lundi, lors d’une conférence de presse à Berne.

Les villes d’abord

Cette rencontre va avoir lieu alors que les deux parties ont déjà exposé publiquement leur position. Si elles s’entendent sur le fait qu’il faut agir, l’Asloca demande l’annulation d’un ou de plusieurs loyers. La Fédération romande immobilière, elle, privilégie les remises de dette ou les reports de paiement. Sur le plan légal, les interprétations s’opposent. La fermeture imposée des commerces doit-elle être considérée comme un risque entrepreneurial ou comme un défaut d’utilisation de l’objet loué? La question devra être tranchée rapidement.

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Certains n’ont toutefois pas attendu de position officielle pour agir. En Suisse romande, plusieurs municipalités ont opté pour l’annulation pure et simple des loyers commerciaux qu’elles perçoivent dans leur parc d’immeubles. La ville de Genève a ouvert la voie mercredi dernier, en exonérant du paiement du mois d’avril tous les locataires des arcades gérées par la régie publique (Gérance immobilière municipale). Une mesure dont les coûts sont estimés à 1,2 million de francs et qui sera reconduite tant que l’ordonnance du Conseil fédéral sera en vigueur, précise une porte-parole. Lausanne lui a emboîté le pas jeudi, avec effet rétroactif au 1er mars, elle aussi pour toute la durée de la mise à l’arrêt des activités. La ville de Neuchâtel devrait annoncer des mesures en ce sens mercredi.

Un signal positif

Mais il n’y a pas que les collectivités publiques qui font des concessions. La société immobilière Mobimo a suspendu, et non pas supprimé, le paiement des loyers d’avril pour ses locataires commerciaux concernés par les mesures imposées par les autorités. Environ la moitié des 140 contrats touchés concernent le quartier lausannois du Flon, dont Mobimo est propriétaire, précise sa porte-parole. «Cette décision n’est pas le fruit d’une analyse approfondie, ajoute-t-elle. Il s’agit d’une mesure rapide à mettre en place et un signal positif à nos locataires.»

A Neuchâtel, le fonds Bonhôte-Immobilier a également suspendu le paiement des loyers d’avril pour ses locataires qui ont «des activités commerciales indépendantes». Les régies ont reçu comme consigne de n’effectuer aucune mise en demeure pour le non-paiement de ces loyers. Cela concerne une centaine de petits commerçants, détaille le porte-parole de la banque Bonhôte. Des bars, des restaurants, des fitness, des salons de coiffure ou des auto-écoles, par exemple.

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Pour la suite, le fonds se prépare à affiner ses analyses au cas par cas. «Nous allons les aider et les inciter à faire des demandes d’aide. S’ils en viennent par exemple à toucher 80% de leur revenu via l’assurance perte de gain, nous trouverons des solutions individuelles pour les 20% manquants», assure le porte-parole.

Une brèche abyssale

D’autres grands propriétaires songent à faire un geste en faveur des commerçants, notamment les caisses de pension, qui détiennent près d’un dixième du parc commercial helvétique, confirme l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP). «La solution la plus souvent discutée est celle du report de la créance», observe son président Jean-Rémy Roulet. L’ASIP n’a toutefois pas formulé de directives en ce sens. «Chacune des 1500 caisses du pays est diversement exposée», justifie-t-il.

«Elles pourraient théoriquement absorber le risque de non-paiement de loyers commerciaux», tranche une source dans la profession. Et ce grâce aux réserves de fluctuation de valeurs qu’elles ont pu constituer. «D’autant que la part de locatif commercial est généralement assez faible dans leur portefeuille», poursuit ce dirigeant d’une caisse souhaitant garder l’anonymat.

Ce dernier signale un autre phénomène, marginal pour l’instant: «Une locataire d’un des 600 logements que nous possédons nous a alertés sur le fait qu’en raison de la crise, elle ne pourrait plus payer son loyer.» Les ménages auront-ils également droit à des concessions? Alors que les propriétaires commencent à peine à éponger les premières fuites, une nouvelle brèche vient de s’ouvrir.