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Le gendarme financier est Anglais

Ancien haut cadre d’UBS, Mark Branson a été confirmé mercredi par le Conseil fédéral à la tête de la Finma. Le Britannique de 45 ans fait face à la critique nourrie d’une grande partie de la classe politique. Selon des proches des nominations, il y avait «très peu de candidats valables»

Le gendarme financier est Anglais

Monde bancaire Ancien haut cadre d’UBS, Mark Branson a été confirmé mercredi par le Conseil fédéral à la tête de la Finma

Le Britannique de 45 ans fait face à la critique nourrie d’une partie de la classe politique et des milieux financiers

Selon des proches des nominations, il y avait «très peu de candidats valables»

Peut-être n’y avait-il personne d’autre. A moins que la «performance» de Brady Dougan face au Sénat américain il y a un mois ait convaincu de l’importance d’un Anglo-Saxon pour défendre une finance helvétique conspuée. Le feu nourri de critiques visant Mark Branson depuis des mois n’aura en tout cas pas interrompu son ascension au sein de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers. Le Britannique de 45 ans a vu sa nomination à la tête de la Finma – qu’il dirige par intérim depuis deux mois – confirmée mercredi par le gouvernement. La présidente du conseil d’administration de l’autorité, Anne Héritier Lachat, s’est contentée d’évoquer «sa grande expérience sur les scènes nationale et internationale».

Pas de délit de faciès, donc, pour ce diplômé de Cambridge, que certains parlementaires ont tenté de dépeindre en «agent de l’étranger» dans un contexte de concurrence exacerbée entre la place financière helvétique et la City. «A quand un policier mexicain à la tête de la police vaudoise?» lançait hier encore sur son fil Twitter le président du Parti démocrate-chrétien, Christophe Darbellay.

La maîtrise parfaite de l’allemande de Mark Branson – et sa compréhension du français – aura estompé ses origines. Et sa carrière au sein de la première banque du pays n’aura pas été perçue comme une tare. Loin de là. Bien qu’il soit entré en 1997 par la porte du so british courtier SBS Warburg, ce ne sont pas ses talents de trader mais bien ceux de politique qui lui permettent de monter dans l’appareil du siège zurichois. En quatre ans, il devient la «voix» de la banque, d’abord face à ses actionnaires puis pour tout le public. Ce qui lui vaut de décrocher dès 2006 un véritable poste de commandement: celui d’UBS Securities à Tokyo, petite mais prestigieuse filiale, qui place sous ses ordres aussi bien des banquiers d’affaires que des courtiers ou des gérants de fortune. L’ascenseur à carrière a bien failli se transformer en fossoyeur: cinq ans plus tard, l’enquête internationale sur la manipulation des taux d’intérêt mondiaux – l’affaire du «Libor» – montre que les traders en cause chez UBS opéraient de Tokyo. Le scandale – qui coûte 1,5 milliard de dollars à UBS – rattrape Mark Branson alors qu’il chapeaute déjà le secteur bancaire suisse au sein de la Finma, où il entre en 2010.

Cela lui vaut un feu roulant de critiques, repoussé tant bien que mal pas son administration, qui rappelle que les enquêtes n’ont ­jamais prouvé qu’il ait été au courant. Ses «excuses publiques» face au Sénat américain en 2009 au nom d’UBS – au sommet de sa carrière bancaire, il dirige les finances de la division gestion de fortune – ne passent pas mieux. L’animosité à son égard – un parlementaire demandait, il y a un mois, une «enquête de sécurité» à son sujet – dépasse la défiance suscitée par son prédécesseur Patrick Raaf­laub.

Adrian Künzi, responsable de Notenstein Privatbank, lui apporte pourtant son soutien, parlant d’un homme «qui connaît bien son métier et les spécificités des banques». Et exhortant à ne pas «juger une personne sur son passeport». De son côté, Martin Maurer, directeur de l’Association des banques étrangères, relève qu’il sera «tout aussi important» de connaître le nouveau respon­sable du secteur bancaire au sein de la Finma. L’homme reste en outre un inconnu, à l’inverse de celui qu’il remplace, qui venait de Swiss Re. Et tout aussi important apparaît le remplacement de René Schnieper, responsable des assurances à la Finma, qui part à la retraite cet été.

Un superviseur qui divise? En réalité, il «n’y avait quasiment pas de candidats valables», témoigne un banquier privé genevois, exigeant l’anonymat pour évoquer le processus de nomination. Dans le monde de l’argent, rares sont ceux qui se ruent sur «un poste bien moins payé que celui d’un dirigeant bancaire et où tous les coups sont à prendre», selon le mot d’un autre financier. Un temps favori, Hugo Bänziger, nommé associé chez Lombard Odier, a glissé entre les doigts de la Finma. Quand à Tobias Guldimann, technocrate de Credit Suisse poussé par la presse alémanique, il n’aura pas eu le temps de s’adapter.

Or la Finma a justifié son choix par des «raisons de continuité stratégique». Un alignement de vues crucial alors que le rôle même de l’autorité est au centre des débats. Et que, lundi, le Fonds monétaire international dénonçait sa faiblesse – et celle de son demi-millier de collaborateurs – au regard de la taille de l’industrie financière qu’elle doit contrôler.

Des coups, il y en aura. Après les remerciements d’usage, Mark Branson a évoqué mercredi un «environnement difficile». L’institution doit ainsi accompagner la mue d’un secteur de la gestion de fortune, dont le quart des établissements est voué à disparaître d’ici à trois ans, selon le sombre pronostic tracé en août dernier. «A ses yeux, les petites banques privées n’ont pas d’avenir», témoigne un financier genevois ayant travaillé avec Mark Branson à plusieurs reprises. Il faut veiller à éviter que la Finma ait un biais négatif à propos des petits établissements, perçus comme «trop coûteux et trop compliqués à surveiller», rétorque le directeur de l’Association des banques étrangères. Pour ce dernier, ce n’est «pas le rôle» de l’instance d’utiliser la réglementation afin de structurer le secteur.

«Il va lui falloir trancher», soupire le banquier ayant collaboré avec lui. Et imprimer son style. Il tente aussi de le faire dans les couloirs de son administration bernoise, en y exigeant «une certaine attention à la tenue», selon un banquier. Un souvenir de ses deux ans au sein de l’élégante finance nipponne. Ou de sa carrière dans un établissement au dress code des plus austères.

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